Cet épisode rappelle l’extrême rudesse de l’environnement dans lequel évoluaient alors les pionniers de l’Aéropostale. À l’époque, la traversée de la cordillère par Santiago était pourtant jugée plus aisée en hiver. © Coll. Marc Gabriel Turrel
Du 11 au 13 mars 2026, une expédition au Chili a permis d'identifier le site où Jean Mermoz et son mécanicien Alexandre Collenot s'étaient écrasés dans la cordillère des Andes en mars 1929. Cette découverte portée par un important travail de recherche impulsé par Marc Gabriel Turrel, historien spécialiste de la présence française au Chili, intervient 97 ans après les faits.
En 2026, l’Aéropostale n’a pas encore dévoilée toute son histoire. C’est, en tout cas, le constat que l’on peut faire après l’annonce de cette identification concernant l’iconique aviateur des lignes Latécoère. Dans les faits, elle s’inscrit dans la continuité d’un précédent travail qui avait permis d’identifier le lieu du crash d’Henri Guillaumet, intervenu quant à lui en juin 1930.
Pour le cas Jean Mermoz, c’est là aussi un long travail de recherche,...
3 commentaires
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Cher Monsieur, votre réponse m’oblige à vous préciser certaines choses.
Bien entendu, je respecte l’Andin que vous êtes et que je ne mets aucunement en cause pour sa connaissance de la montagne. Je vous remercie d’ailleurs pour votre initiative d’avoir posé à la Laguna Del Diamante une plaque en souvenir d’Henri Guillaumet, soumis à un atterrissage forcé à cet endroit. J’en ai été d’autant plus ému que j’avais moi-même organisé une expédition pour les 50 ans de ma promotion d’élèves pilotes de ligne de l’École Nationale d’Aviation Civile. Je l’avais fait surtout parce que j’ai eu l’honneur d’être parrainé par Madame Noëlle Guillaumet elle-même durant mes années de formation de 1967 à 1970. Elle m’écrivait souvent quand par la suite j’effectuais mon service militaire à Royal Air Maroc, m’appelant « Mon cher jeune Ami ».
J’ai fait ce périple à la Laguna del Diamante en 4 x 4 et n’ai donc pas votre mérite de crapahuteur, même si en d’autres endroits des Andes et de la cordillère de la Côte au Chili j’ai moi-même crapahuté. Je respecte donc le montagnard que vous êtes.
Mais j’ai le droit de critiquer l’habit d’expert aéronautique que vous vous attribuez, vous, votre équipe et le fameux Jean-Claude Nivet, ex-steward que je ne connais que trop. Je suppose que c’est par lui que vous avez eu le rapport Mermoz faisant partie des archives de la Fondation Latécoère. En effet, nous l’avions exhumé ensemble à l’époque, en 2006. Il est curieux que vous ayez fait abstraction de cette description précise du lieu de l’atterrissage forcé que Mermoz donna dans son rapport : « une vallée étroite, une sorte de cratère allongé ». En effet, vous ne parlez que d’un plateau où il se serait « crashé » et des pics de Trois Condors, qui ne sont, eux, cités que par le grand, très grand romancier, Joseph Kessel, mais pas du tout historien.
Outre cet escamotage d’une partie de la description faite par Mermoz, je ne vous reconnais aucune étude sérieuse pour la localisation de cet atterrissage forcé, et non crash, puisque vous ne vous êtes jamais appuyé sur le carnet de vol du fameux aviateur. La comparaison des temps de vol aller et retour du carnet et du rapport m’ont aisément permis de reconstituer toute sa trajectoire dans la recherche d’un passage avant d’être forcé au contact avec la planète par les vents rabattants. Ma possession d’une copie de ce document, jalousement gardé dans un musée, ainsi que ma qualité de pilote de ligne et de pilote d’avion de collection des années 30, m’autorisent à vous dire que vous êtes fourvoyé d’endroit.
Puisque vous n’aviez pas cette source incontournable que constitue ce carnet de vol, je vous prie d’avoir quelque considération pour mes déductions s’appuyant aussi sur une étude approfondie de la carte Google Earth, déductions bien plus étayées que les vôtres.
J’en conclue que Mermoz déchaîne toujours les passions et c’est tant mieux. Hasta lego, Chileno.
Bernard Bacquié, auteur-éditeur ayant publié douze livres et biographies, dont celle de Mermoz, traitant de l’Aéropostale.
Allez ! Et encore des suppositions pour ce qui n’était pas du tout un crash, mais simplement un atterrissage forcé (ce qui n’est pas pareil pour un pilote !). Kessel, un romancier ! Nivet, un ex-steward qui ne connait rien à l’Aviation. Les Carnets de vol de Léopold, encore de la fiction. Mais bon sang, il y a un rapport précis de Mermoz conservé dans les archives Latécoère. Et tout le reste me semble que des élucubrations. Il va y avoir dix ans, avec mes Éditions Latérales, j’ai relaté cet incident dans les Andes dans mon ouvrage « Mermoz, ses vols, la vérité ». À partir de l’archive du rapport de Mermoz, on découvre que non seulement il saute un thalweg de 2 mètres de profondeur (ainsi noté par lui), et non pas 300 mètres de précipice comme dit par Kessel. Et en comparant le rapport à son carnet de vol que j’ai été le seul auteur à révéler, j’ai reconstitué son cheminement à la recherche d’un passage. Mermoz ne s’est pas du tout posé sur un plateau, comme c’est dit ici, mais « dans une vallée étroite, une sorte de cratère allongé » (mots de Mermoz lui-même !). Quand il s’élance après que Collenot a réparé les canalisations d’eau crevées par le gel, ils sont à 3550 mètres par 26° 11′ de latitude Sud et 68° 58′ 30 W de longitude. Et comme il le raconte « Décollage à 10 h 45 (le 12 mars 1929) après avoir abandonné le tank d’essence, roue de rechange et outillage, 2500 mètres nécessaires pour nous enlever (c’est là qu’aux grands angles, il saute deux tout petits rios). Nous prenons peu à peu 10, 20, 100 mètres (comprendre : de hauteur), nous sommes à 4 100 mètres (d’altitude)… »
D’après le dessin de la main de Mermoz, le plateau qu’il atteint est à plus de 2200 mètres de distance de son point de départ, puisqu’il cote 400 mètres le roulage initial sur forte pente (remontée au moteur dans les 5 minutes précédant le décollage), puis une distance non renseignée au cours de laquelle il saute les deux petits rios.
Voilà, c’est tout. Mais moi je donne les coordonnées, ainsi que les chemins aller et retour. Je publie aussi la photo de Google Earth où l’on identifie bien la langue de la vallée.
L’article ne fait aucune mention de coordonnées et pour mieux comprendre les choses il faut être aviateur. Nivet ne l’était pas et pour les Chiliens de l’expédition j’en doute. Car les choses sont simples. Le vent souffle toujours d’ouest en est, et Mermoz s’est fait plaquer au sol APRÈS le passage d’un sommet, là où se situent toujours les rabattants. Donc s’il se retrouva à survoler un plateau de 4100 mètres d’altitude après avoir gagné péniblement 100 et certainement 200 et 300 mètres, c’est bien qu’il était en-dessous au décollage.
TOUT ÇA RACONTÉ ICI N’EST QUE DU PIPEAU, DE LA SAUCE KESSEL REVUE PAR DES TOURISTES DES ANDES.
Bonjour monsieur,
Marc Gabriel Turrel, à l’origine de l’expédition, a demandé « un droit de réponse » suite à votre commentaire. En fait de « droit de réponse », il suffit de répondre directement via un commentaire. C’est le principe sur internet. Quoi qu’il en soit, voici, ci-après la mise au point :
Monsieur,
Votre commentaire est une caricature de la réalité de notre expédition.
Sachez que j’ai publié une dizaine d’ouvrages sur la Cordillère des Andes et sur ces pionniers — explorateurs, alpinistes et glaciologues — qui ont écrit les plus belles pages de la montagne, des sommets inexplorés de la Colombie au Chili. Je pratique moi-même l’andinisme d’exploration depuis une trentaine d’années.
En décembre 1998, dans le cadre du centenaire de l’Aéro‑Club de France, j’ai organisé une expédition, parrainé par Air France et l’ambassade de France (à l’époque où Air France se préoccupait de la commémoration de l’Aéropostale
au Chili) qui permit la pose d’une plaque commémorative en bronze sur le site d’atterrissage d’Henri Guillaumet, près de la Laguna del Diamante. Cette plaque est toujours là, 28 ans après, et est devenue un lieu de mémoire pour les passionnés d’aviation.
Nous avons été les premiers à emprunter la voie chilienne pour accéder à l’immense caldera dominée par le volcan Maipo et les premiers à rendre hommage à Guillaumet à près de 3500 m d’altitude, le 6 décembre 1998.
Il fallait être d’abord andinistes, avant d’être aviateurs, pour affronter l’altitude, le mal des montagnes et les conditions extrêmes de la Cordillère.
Notre expédition Mermoz Atacama 2026 s’est donc d’abord déroulée comme une mission de haute montagne.
Nos résultats, fondés sur des archives, des cartes et des documents consultés en France et au Chili (dont le rapport de Mermoz), et sur les témoignages de ceux qui se sont risqués dans l’aventure, sont suffisamment probants pour établir, avec rigueur, que nous avons bien identifié le Plateau des Trois Condors, décrit par Mermoz. Un nom qui a le mérite de nous renvoyer à notre identité et à la géographie si singulière de ce pays.
Pour toutes ces raisons, le seul mot que je puis vous adresser est Respect.
Marc Turrel
Historien et organisateur de l’expédition Mermoz Atacama 2026.