
La prochaine fois que vous passez au musée de l’Air et de l’espace du Bourget, ne vous précipitez pas comme des sauvages vers le métal hurlant du hall de la cocarde. Ni même vers le Concorde. Une fois payé votre écot, prenez le temps de parcourir l’extraordinaire galerie des pionniers. Des ballons du XVIIIe siècle jusqu’aux premiers aéroplanes et à la guerre de 1914-1918, cette galerie offre un panorama saisissant de ce que furent les débuts de l’aviation, avant même que le mot existe.
Vous y trouverez pelle-mêle des peintures, des instruments de navigation, des nacelles en osier, beaucoup de bois et beaucoup de toile et bien d’autres choses encore. Du dirigeable à propulsion à bras de Dupuy-de-Lôme aux machines à vapeur puis aux premiers moteurs à explosion, les tâtonnements dans la recherche d’une motorisation efficace ne manqueront pas de vous étonner ou même de vous émouvoir.
Dans le magnifique écrin art déco de ce qui fut une aérogare à la pointe de la modernité dans les années 1930, sous le regard sobre et précis de la grande horloge qui rappelait déjà à l’époque que le jour se couchait à Tokyo quand il se levait à Paris, une superbe collection d’aéroplanes légers comme des rêves attendent le premier souffle de vent pour continuer leur vol.
Voisin-Farman n°1, Demoiselle de Santos Dumont, Antoinette d’Hubert Latham, Blériot XI, Deperdussin Monocoque… Des premiers ULM aux futurs avions de chasse d’une guerre mondiale qui allait crucifier l’Europe, ce ne sont que merveilles de menuiserie et de mécanique fine. Les anciens possédaient une intelligence 100% naturelle et 0% artificielle qu’ils exploitaient au mieux. De la Demoiselle au Concorde, la filiation est directe, comme peut l’être le cheminement de la Pascaline à ChatGPT. Les pionniers avaient des idées, de bonnes et de mauvaises intuitions, et savaient persévérer pour leur donner vie. Seule différence avec notre époque, ils mettaient leurs vies en danger plus souvent que de raison.
La galerie des pionniers du musée de l’Air et de l’espace fait écho finalement à la Grande galerie de l’évolution du muséum national d’histoire naturelle, rue Cuvier à Paris. Malgré leurs différences, ces deux galeries ont des points communs forts, avec une une scénographie monumentale et une mise en récit passionnante d’un bâtiment à l’autre.
A Paris comme au Bourget, ce ne sont pas seulement des objets qui sont exposés, mais une histoire qui est racontée. Récit de l’évolution pour l’une, chronique de l’aviation pour l’autre, avec des questionnements techniques et philosophiques qui se répondent : d’où venons-nous demande le Muséum d’histoire naturelle, où allons-nous s’interroge le musée de l’Air et de l’espace.