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« Une véritable fable initiatique sur le dépassement de soi. » 

« Jonathan Livingston le Goéland » de Richard Bach. Le choix de Gilles Rosenberger. © Aerobuzz.fr

« Jonathan Livingston le Goéland » de Richard Bach. Le choix de Gilles Rosenberger. Comme Jonathan, Gilles a toujours su écouter son appel intérieur. L’ingénieur issu d’une grande école a pris des chemins de traverse en quête de liberté, de maîtrise et d’accomplissement. Gilles a pris son dernier envol le 6 juillet 2026. Et les notes de Neil Diamond résonnent en nous…

Je garde un souvenir étonnamment précis de ma rencontre avec Jonathan. Nous sommes en 1978. J’ai vingt ans, je suis en classe préparatoire et je rêve alors d’une double vie : ingénieur et guide de haute montagne. Je ne sais pas encore que l’appel du ciel va bientôt supplanter celui des sommets.

En juillet de cette année-là, de retour d’une course dans le massif du Mont-Blanc, je franchis le col du Midi pour redescendre vers Chamonix. Soudain, mon regard est attiré par un personnage improbable : un babacool hirsute suspendu sous quelques tubes d’aluminium et un morceau de toile. Il fait trois pas dans la pente… et s’envole.

Je viens d’assister à mon premier décollage en deltaplane. La révélation est immédiate. Je veux apprendre à faire ça. Il me faudra juste deux mois pour identifier une école et m’inscrire à l’École de Vol Libre — quel merveilleux nom ! — du Club Alpin Français, dans les Vosges. Et là, pendant les stages, une cassette tourne en boucle : Jonathan Livingston le Goéland.

Le film raconte l’histoire d’un goéland pas comme les autres. Alors que ses congénères ne voient dans le vol qu’un moyen de se nourrir, Jonathan découvre le plaisir de voler pour le simple bonheur de voler. Il expérimente, explore, se trompe, recommence, repousse sans cesse ses limites. Exclu de sa colonie pour son anticonformisme, il poursuit sa quête solitaire avant de découvrir que la véritable progression ne réside pas seulement dans la technique, mais dans la compréhension profonde et l’amour du vol.

On imagine facilement l’écho que cette histoire pouvait avoir auprès des jeunes élèves pilotes que nous étions.

Le film lui-même est resté relativement confidentiel, mais sa magnifique bande-son signée Neil Diamond a marqué toute une génération de passionnés. Plusieurs années plus tard, elle m’accompagnera encore dans mes écouteurs lors de mes vols en aile delta puis en parapente.

Pourtant, le film n’est qu’une pâle esquisse du merveilleux roman dont il est tiré.

Le livre de Richard Bach est une véritable fable initiatique sur le dépassement de soi, la liberté individuelle face au conformisme et l’apprentissage comme chemin d’éveil. Plusieurs thèmes résonnent particulièrement avec la vocation de pilote.

Le vol comme idéal, et non comme simple moyen. Jonathan ne vole pas pour aller d’un point A à un point B. Il vole pour la sensation pure, pour la beauté du geste, pour la joie de maîtriser l’air. C’est exactement ce que ressentent tant de pilotes : voler n’est pas seulement se déplacer, c’est une fin en soi.

La recherche permanente du perfectionnement. Jonathan s’entraîne inlassablement, affine sa technique, expérimente des manœuvres toujours plus exigeantes. Cette quête du geste juste est au cœur de tout apprentissage aéronautique.

Le courage de suivre sa propre voie. Choisir l’aviation comme passion ou comme métier, c’est souvent emprunter un chemin différent de celui qu’attend l’entourage. Jonathan rappelle combien il est précieux d’écouter son appel intérieur.

La transmission. À la fin du récit, Jonathan devient à son tour un guide et un mentor. Cette idée de transmission fait profondément écho à la culture aéronautique, où l’expérience se partage de pilote à pilote, d’instructeur à élève.

Pour le jeune homme que j’étais, ce livre a agi comme un véritable catalyseur. Il a donné une dimension presque spirituelle à ce qui n’était encore qu’une fascination pour le vol. Il a transformé une simple attirance technique pour les machines volantes en une quête personnelle de liberté, de maîtrise et d’accomplissement. En un mot, il a contribué à faire naître une vocation.

Près d’un demi-siècle plus tard, je continue de penser que Jonathan Livingston le Goéland est l’un de ces rares livres qui accompagnent une vie entière.

À lire, relire… et méditer avant chaque envol.

Gilles Rosenberger

Propos recueillis par Gil Roy

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