
Les DC-10 et MD-11 revolent, six mois après l’accident de Louisville qui les avait cloués au sol. Depuis UPS a jeté l’éponge. Fedex aurait très bien pu faire de même. Les comptables en ont décidé autrement. Un demi-siècle après l’apparition des premiers triréacteurs Mc Donnell Douglas, l’histoire continue donc.
Mais qu’elle fut chaotique ! Il y eut Windsor en guise d’avertissement, Ermenonville, le Mont Erebus, Chicago O’Hare, Mexico et son cortège de victimes. Entre 1972 et 1982, les accidents des DC-10 ont fait un peu plus de 1000 morts ! Erreur de conception de la porte de la soute à bagage, erreur de pilotage, erreur de maintenance, Mc Donnell Douglas paya la note au prix fort, réputation incluse. Les ventes déclinèrent même si l’avion avait résolu ses soucis de jeunesse ce qui n’empêcha pas d’autres tragédies. De 1982 à nos jours, 385 personnes ont trouvé la mort à bord de DC-10, dont 170 pour le seul attentat de l’avion d’UTA et 111 pour l’accident de Sioux City.
Mc Donnell Douglas lança une version modernisée, le MD-11, mais il était trop tard. La firme de Long Beach et Saint-Louis, exsangue, tomba toute crue dans l’escarcelle de son concurrent honni Boeing qui récupéra tout, du DC-9 au F-15 Eagle. Pour qu’il ne fasse pas d’ombre aux produits maisons, le MD-11 n’alla pas au-delà des 200 exemplaires. En dehors du drame d’Halifax, sa carrière fut des plus discrètes et elle se dirigeait vers une fin tranquille, anonyme presque, jusqu’à Louisville.
Interdiction de vol, déclarations tonitruantes et jusqu’aux condamnations péremptoires sur fond électoraliste, on se serait cru revenus d’un coup de DeLorean aux lendemains du drame de Chicago !
Mais pourquoi ? Les derniers DC-10 et MD-11 ne transportant plus de passagers depuis belle lurette !
Des périodes troubles, bien des avions en ont connu : l’A320 et ses accidents alsaciens, le MAX évidemment, mais les industriels (et leurs communicants) ont surmonté les obstacles. Ce ne fut pas le cas de ces triréacteurs reniés par leur famille adoptive et pour lesquels cette ultime tragédie va ancrer à jamais une image désastreuse.
Lorsque le dernier Mc Donnell Douglas partira au musée, la trace qu’il aura laissé dans l’histoire sera celui d’un beau gâchis, d’avions pétris de qualités, performants et efficaces qui, au cours d’une longue carrière, ont aussi enchanté les dizaines de milliers d’aviateurs qui ont adoré s’envoler à leurs commandes et des millions de passagers qui ont parfois fait le voyage de leur vie, vers le soleil d’outre-mer comme au temps béni d’UTA. Peut-on imaginer raisonnablement que ces engins qu’on envoie, depuis deux décennies, déverser des tonnes de retardant au fond des vallées de Californie puissent ne pas être de bons avions ?
« Le mal est fait, il germe, il rampe, il chemine, et rinforzando de bouche en bouche il va le diable ! » La marque noire est posée. C’est une histoire tragique que ces avions racontent désormais, de rêve et de sang.