Le PC-6 Turbo Porter qui 'est écrasé au décollage de l'aéroport de Nancy-Essey, le 28 juin 2026, a été construit, en Suisse, par Pilatus Aircraft en 1991. © Aerobuzz
Le dramatique accident de Nancy survenu ce 28 juin 2026 (11 victimes) met en lumière un avion singulier dans l'histoire de l'aviation, le Pilatus PC-6 Turbo Porter. Ce monoturbine né dans les Alpes Suisses, à la toute fin des années cinquante, conserve des capacités étonnantes malgré les décennies qui en font la machine de référence dans le monde du parachutisme.
L’avion qui s’est écrasé, le 28 juin 2026, quelques secondes après son décollage de l’aéroport de Nancy-Essey, demeure une machine emblématique des centres de parachutisme. Le Pilatus PC-6 Turbo Porter possède en effet des capacités hors-normes : distances de décollage et d’atterrissage extrêmement courtes, taux de montée phénoménal et emport important. L’avion made in Switzerland est capable d’enchainer les rotations à un rythme soutenu. Mais l’histoire du PC-6 est beaucoup plus vaste que cet usage d’ascenseur pour paras.
L’appareil nait en 1959, à Stains, au cœur de la Suisse. A l’origine il était équipé d’un moteur à pistons. Il se distingue par des capacités d’atterrissage et de décollage courts. Pour en convaincre ses futurs clients, le constructeur suisse Pilatus décide d’aller les démontrer dans l’Himalaya. Le prototype, victime d’une panne, y est finalement abandonné mais l’avion a montré sa pleine mesure.
Le PC-6 reçoit ensuite des turbines, l’increvable turbine PT6A de Pratt & Whitney Canada (550 à 750 ch) qui devient sa motorisation standard. Certains modèles seront équipés de turbines Turbomeca Astazou (520 à 570 ch) ou des Garrett TPE331. Avec une masse maximale au décollage allant de 2.000 à 2.800 kg en fonction des versions pour une masse à vide de 1.200 à 1.400kg l’avion dispose d’une charge utile conséquente de 1.200 kg maximum lui permettant d’emporter jusqu’à 10 passagers. Quelques 600 avions sont ainsi construits jusqu’en 2022, dont certains sous licence par l’américain Hiller.
La production du PC-6 Turbo Porter s’est arrêtée en 2022. Avec son monoturbine, l’avionneur suisse a ouvert la voie dans laquelle d’autres ses concurrents se sont engouffrés avec des machines plus modernes comme le Cessna Caravan ou le Quest/Daher Kodiak. Le dernier Turbo Porter construit a malheureusement été accidenté lors de son vol de convoyage.
Même si la turbine PT6A est réputée d’une fiabilité à toute épreuve, ces avions sont utilisés dans des conditions parfois sévères et les accidents ont été nombreux. C’est un avion qui nécessite une certaine rigueur. Par exemple, la position du compensateur de profondeur doit être précisément réglée avant le décollage sous peine de mauvaise surprise dès la mise de gaz. Il n’en reste pas moins adoré par ses pilotes. Ceux qui ont volé sur les versions Astazou sont même souvent dithyrambiques !
La base de données d’Aviation Safety Network comprend presque 300 entrées d’incidents et d’accidents pour les Pilatus PC-6 entre 1959 et 2026, mais la plupart n’ont fait aucune victime même si les avions ont souvent été endommagés ou détruits. Certains, parfois, ont été reconstruits plusieurs fois comme le F-GODZ d’Icarius Aerotechnics, avion de présérie de 1959, accidenté en 1989. Il a totalement été restauré et doté d’une turbine PT6A-34 de 750ch pour en faire le PC-6 le plus performant, loin des 340 ch de son Lycoming d’origine ! Néanmoins le PC-6 est au cœur de quelques drames comme le 19 août 1969 où un avion d’Air America a été détruit au Laos avec 13 personnes à bord.

En France, Le Pilatus Porter a été exploité par des compagnies aériennes. Il est toujours en service dans l’ALAT (Aviation légère de l’armée de Terre) et dans de très nombreux clubs paras. Le drame de Nancy n’est malheureusement pas le premier. Deux accidents ont précédemment endeuillé la communauté française des parachutistes, à Lens en avril 1988 (9 morts) et dans l’Aisne en 1997 (9 morts également).
Car c’est dans le largage para que l’avion a trouvé un créneau où il est resté longtemps sans concurrence. Capable de décoller court (440 m pour passer un obstacle de 15m), il grimpe également vite (15 minutes pour atteindre 4.000 m) tout en étant capable de descendre encore plus vite avec des angles vertigineux (3 minutes grâce à son hélice qui agit comme un aérofrein – sans passer la reverse ce qui serait dangereux).

Au cours de son histoire, le PC-6 Turbo Porter a été sur tous les fronts notamment pendant la guerre du Vietnam et au Laos, dans l’USAF et chez Air America (le film éponyme « Air America » de Roger Spottiswoode avec Mel Gibson et Robert Downey Jr en 1990 est assez représentatif de l’usage qui peut être fait de cet appareil). Dans sa version AU-23 de lutte anti-guerrilla il était équipé d’un canon rotatif de 20 mm en sabord histoire de justifier son surnom « Peacemaker ».
Juché sur des flotteurs Wipaire, il devient aussi un avion de brousse efficace. Gréé pour transporter des passagers de façon plus conventionnelle, il peut opérer sans problème depuis des altisurfaces ou des terrains non préparés ce qui explique qu’on en retrouve dans des endroits reculés, à l’aérologie ou la topographie difficile comme dans l’Himalaya ou l’Antarctique. Il est également employé comme bombardier d’eau (1000 litres d’emport) notamment par l’Armée autrichienne, mission qui fut également assurée en France par des appareils d’Air Alpes dans les années 70/80.

Le PC-6 Turbo Porter qui s’est écrasé au décollage de l’aéroport de Nancy-Essey a été construit par Pilatus Aircraft en 1991.