Élodie Brunot a choisi "Au-dessus des nuages" de Dorine Bourneton. © Aerobuzz.fr
Au-dessus des nuages de Dorine Bourneton. Le choix d'Élodie Brunot. Un livre lumineux sur la résilience, la liberté et la volonté farouche de transgresser tous les impossibles qui a motivé Elodie Brunot lorsque son rêve de devenir pilote de chasse s'est brisé.
Je vais vous faire une confidence, je ne suis pas une grande lectrice. Je consomme davantage de reportages, de documentaires ou de vidéos, notamment sur l’aéronautique. Si j’ai choisi Au-dessus des nuages, de Dorine Bourneton, c’est justement parce qu’il fait partie des rares livres que j’ai eu envie de lire jusqu’au bout. À l’époque, Dorine Bourneton était déjà une personne qui m’inspirait énormément. Son parcours et sa détermination forçaient l’admiration. Je connaissais son histoire à travers quelques interviews et reportages, mais je voulais vraiment aller plus loin dans la compréhension de son parcours. Je voulais comprendre ce qu’elle avait vécu et pour cela, le seul moyen d’entrer réellement dans son histoire, c’était de lire son autobiographie.
J’ai découvert son livre lorsque j’étais au lycée. C’était une période où l’aviation occupait déjà une place immense dans ma vie. Je passais mes week-ends à l’aéroclub, je préparais ma licence de pilote privé et je nourrissais un rêve qui me semblait alors évident : devenir pilote de chasse. Avec le recul, je crois que je suis tombée sur ce livre au bon moment. D’abord parce que j’avais presque le même âge que Dorine lorsqu’elle a vécu son accident. Ensuite parce que nous partagions cette passion dévorante pour les avions et cette envie de faire de l’aviation le cœur de notre vie.
Bien sûr, nos histoires sont très différentes. Je n’ai jamais vécu le drame qu’elle raconte. Mais je me suis profondément reconnue dans ce qui vient après. C’est à dire ce moment où l’on comprend que le chemin que l’on s’était imaginé ne sera peut-être jamais celui que l’on empruntera. Dorine rêvait de devenir pilote professionnelle. Après son accident, ce rêve semble lui être brutalement retiré. De mon côté, j’ai compris quelques années plus tard que je ne pourrais pas devenir pilote de chasse, en raison des critères physiques imposés au personnel navigant militaire. Ce n’est évidemment pas comparable, mais j’ai retrouvé dans son récit ce sentiment de voir un projet de vie s’effondrer.
Ce qui m’a marquée, c’est qu’elle ne s’est jamais définie par ce qu’elle avait perdu. Elle a choisi de se battre pour ce qu’il lui restait à construire. C’est probablement la première fois qu’un livre me faisait comprendre qu’un rêve brisé n’était pas forcément la fin de l’histoire. Je me souviens avoir lu ce récit avec le sentiment que l’histoire de Dorine aurait pu être celle de n’importe quel jeune passionné d’aviation. J’y retrouvais les avions, les rêves de cockpit, mais aussi cette passion qui prend parfois toute la place dans une vie.
Ce livre parlait d’aviation, bien sûr, mais il parlait surtout de volonté. On dit souvent « qu’ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait. » C’est exactement ce que m’inspire le parcours de Dorine Bourneton. Elle n’a pas seulement voulu continuer à voler. Elle a voulu faire évoluer une réglementation entière, à une époque où cela semblait inimaginable. Beaucoup auraient considéré ce combat comme perdu d’avance. Elle, non.
Cette idée m’accompagne encore aujourd’hui. Nous passons parfois plus de temps à nous expliquer du pourquoi quelque chose est impossible plutôt qu’à essayer de le réaliser. Son histoire rappelle que l’audace commence souvent là où les certitudes s’arrêtent. Ce livre a donc incontestablement influencé ma manière de voir l’aviation. Il m’a montré qu’un rêve peut prendre une autre forme sans forcément disparaître. Lorsque quelque chose ne se passe pas comme prévu, il existe parfois un autre chemin pour continuer à vivre sa passion. De mon côté, je suis aujourd’hui ingénieure et je vis de ma passion en dehors des cockpits. Dorine Bourneton fait partie des personnes qui m’ont donné envie de persévérer dans l’aéronautique. À l’époque comme aujourd’hui, elle reste pour moi une source d’inspiration.
Je l’ai relu deux ou trois fois. Chaque lecture m’a apporté quelque chose de différent. Adolescente, j’y voyais surtout l’histoire d’une passionnée d’aviation qui refusait de renoncer à son rêve. Aujourd’hui, avec davantage de recul, j’y vois surtout une formidable leçon de résilience. C’est un livre vers lequel on peut revenir lorsque l’on traverse une période de doute. À chaque relecture, j’en retire le même sentiment et un fort regain d’énergie et de motivation.
Je recommanderais évidemment ce livre à tous les passionnés d’aviation. Mais, au fond, je crois que ce n’est pas seulement un livre sur l’aviation. Je le conseillerais surtout à quelqu’un qui traverse une période difficile, qui vient de voir un rêve lui échapper ou qui pense qu’une porte qui se ferme signifie que tout est terminé. La vie ne se déroule pas toujours comme prévu, mais cela ne signifie pas qu’elle s’arrête.
Elodie Brunot
Propose recueillis par Jean-François Bourgain