Patrick Gaillard a choisi « Skunk Works » de Ben Rich and Leo Janos. © Aerobuzz.fr
« Skunk Works » de Ben Rich and Leo Janos. Le choix de Patrick Gaillard. Pas étonnant que ce livre passionnant qui lève un coin de voile sur le travail du célèbre bureau d’études de Lockheed, ait trouvé un écho chez le directeur général, fondateur et associé de Turgis Gaillard, à l'origine du drone MALE français de nouvelle génération.
Un jour d’hiver 1991, Aviation Design rend compte de la disparition de Kelly Johnson, survenu quelques semaines plus tôt. J’ai alors 10 ans, mais je revois encore parfaitement l’encart jaune et la photo d’illustration, car cette information m’apprend que les avions ne naissent pas tout seuls… et notamment celui qui me parait alors le plus extraordinaire d’entre tous, le SR-71. Et qu’il arrive même parfois que certains hommes aient la chance de faire plusieurs avions de suite : Kelly Johnson, à l’origine du P-38, du P-80, du U-2, du SR-71 et du D-21, fut un de ceux-là. Créateur des célèbres « Skunk Works », il contribua même au Constellation et au C-130.
A sa mort, Kelly Johnson laissa entre les mains de Ben Rich un bureau d’études exceptionnel, capable de concevoir le Tacit Blue, le F-117, le RQ-170, et de nombreux autres avions que nous ne connaissons pas encore.
Avec son livre, Ben Rich raconte donc 40 ans d’une vie passionnante, une véritable épopée, qui débuta avec la conception des entrées d’air du U-2, et se termina par l’engagement au combat du F-117, dans le développement duquel il joua un rôle décisif. Ces quarante années menées au rythme d’un galop d’enfer furent ponctuées de nombreux défis. Techniques tout d’abord, car les Skunk Works durent sans cesse repousser les limites de l’état de l’art technologique pour arriver à réaliser ce qu’ils avaient promis à leurs clients. Industriels, naturellement, car la méthode Skunk Works c’est d’abord une façon bien particulière de gérer les programmes. Economiques ensuite, car Lockheed traversa des moments difficiles pendant lesquels le financement d’avions avancés n’allait pas de soi. Défis humains enfin, car il fallait être un grand chef pour gérer une équipe faite d’individualités si fortes et si engagées.
Mais ce qui est vraiment particulier avec ce livre c’est aussi son humour ravageur. Et c’est sans doute ce qui le rend si important pour moi : lorsque Ben Rich décrit la vie dans le bureau d’études il raconte le quotidien d’équipes de passionnées, sélectionnés parce qu’ils étaient les meilleurs et les plus impliqués. Cet état d’esprit, j’ai plaisir à le retrouver dans mes équipes. C’est même une de mes plus grandes fiertés.
Patrick Gaillard
Propos recueillis par Frédéric Lert
Un commentaire
La possibilité de commenter une information est désormais offerte aux seuls abonnés Premium d’Aerobuzz.fr. Ce choix s’est imposé pour enrayer une dérive détestable. Nous souhaitons qu’à travers leurs commentaires, nos lecteurs puissent apporter une information complémentaire dans l’intérêt de tous, sans craindre de se faire tacler par des internautes anonymes et vindicatifs.
Parvenir au statut de génie est plus qu’une gageure : c’est une impossibilité.
Dans le domaine aéronautique, ce titre est copieusement galvaudé. Personnellement, je n’en vois qu’un qui le mérite : Léonard de Vinci.
Si Kelly Johnson s’en approche un peu, il le doit beaucoup à la géopolitique de son temps autrement dit à la guerre froide, époque où tous les délires des ingénieurs pouvaient s’exprimer sans restrictions budgétaires afin que l’avance technologique yankee se maintienne loin devant celle des « Rouges »
A la fin de la visite du musée de l’US Air Force, à Dayton, je suggérais au Général qui nous en avait ouvert toutes les portes (réserves et ateliers inclus) de faire ériger une statue grandeur nature de Staline à l’entrée de ce musée fascinant qui abrite tant de machines extraordinaires, notamment celles signées Kelly Johnson.