Un pilote, même expérimenté en aviation générale, ne l’est pas nécessairement en présentation publique. La gestion de l’axe, du public, du timing, du stress demande une attention spécifique. ©armée de l'Air et de l'Espace
Le 6 juin 2025, un Morane-Saulnier MS733 s’écrase lors d’une manifestation aérienne organisée sur l’aérodrome de Rochefort-Charente-Maritime à l'occasion d'une cérémonie sur la Base aérienne 721. Le pilote, seul à bord, a perdu le contrôle de son avion tandis qu'il tentait un virage retour sur l’axe de présentation. Le rapport d'enquête, riche d'enseignements, rappelle les marges de sécurité qu'il convient de conserver en démonstration proche du sol.
Ce jour là, la météo est bonne à Rochefort pour un événement aéronautique qui doit mettre en avant les élèves sous-officiers étant passés sur la base de formation au cours de l’année 2024. Sur le parking avion militaire, plusieurs aéronefs historiques sont au programme : un Noratlas, une patrouille de deux biplans pour un tableau « Grande guerre », une patrouille de deux Rafale de la Base aérienne 118 de Mont-de-Marsan ainsi qu’un MS733. Le pilote de ce dernier, propriétaire de la machine, est âgé de 53 ans. Il détient une licence de pilote privée et totalise plusieurs centaines d’heures de vol. Il avait acquis ce MS733 en 2021 et cumulait 58 heures sur le type.
À 14 h 16, après la démonstration des biplans, l’avion décolle de la piste 30. Le vent du jour vient du 230° pour 10 à 15 kt de vent de travers, ce qui représente une force à prendre en compte pour ce type d’appareil. Après une prise d’altitude le pilote débute sa présentation. Conformément à son programme, il est prévu d’enchaîner plusieurs passages au-dessus de l’axe de présentation matérialisé par la piste.
Quelques minutes après le début de la démonstration et un passage en « S », l’enchaînement s’écarte du plan prévu. Selon le programme transmis avant le vol à l’expert manifestation aérienne sur place en charge du show aérien, le pilote devait, à la fin du troisième passage virer par la droite pour revenir vers la piste. Il choisit finalement un virage par la gauche.

C’est dans cette phase que la situation se dégrade dans le ciel de Rochefort ce jour là. L’analyse de la trajectoire, réalisée par le BEA, montre une mise en virage à gauche accompagnée d’une action importante sur le palonnier gauche. Cette action induit un dérapage important. A ce moment, l’assiette augmente et l’avion décroche de manière dissymétrique et part en vrille à gauche.
Le MS733 sort brièvement de cette première vrille après environ un tour et demi, mais entre aussitôt en vrille secondaire à droite. La faible hauteur ne laisse aucune marge de récupération pour son pilote. L’avion percute le sol dans un champ situé à une centaine de mètres de l’aérodrome, à environ 370 mètres du seuil de piste 30. Le pilote est décédé et l’appareil est détruit.

Le rapport du BEA insiste sur la séquence des actions du pilote et explique qu’il « a probablement voulu réduire son rayon de virage afin de ne pas dépasser l’axe de présentation ». Cette focalisation sur la trajectoire aurait pu se faire au détriment de la surveillance des paramètres de vol de l’avion et la vitesse notamment. C’est l’un des enseignements majeur de cet accident.
En présentation en vol à basse hauteur, la volonté de vouloir conserver coûte que coûte une trajectoire peut conduire à accepter inconsciemment de se mettre en danger, notamment lorsque la vitesse devient faible, incidence forte et vol dissymétrique important. Le BEA relève que, durant les deux vrilles, le pilote a maintenu une action importante à cabrer et a réagi par des actions en roulis opposées au sens de rotation. Ces actions sont inadaptées à une sortie de vrille.
Le manuel d’utilisation du MS733 préconise notamment de réduire la puissance, d’appliquer la direction opposée au sens de rotation, de placer le manche au neutre, puis de revenir au neutre et d’effectuer une ressource souple une fois la rotation arrêtée.

Malgré les précautions prises par le coordinateur de sécurité des vols, qui incluaient l’organisations de briefings, d’entraînements, l’accident rappelle que la présentation en vol est une discipline spécifique. Le pilote peut alors être amené à dépasser ses propres limites influençait par « l’effet public ». Elle impose de savoir parfois renoncer à des trajectoires scabreuses et parfois d’accepter de s’éloigner de l’axe de présentation plutôt que de tenter une correction serrée à basse hauteur.
Les enquêteurs ont également identifié une rupture sur une biellette de commande des volets du côté gauche, sous le karman. L’examen en laboratoire a mis en évidence une fissuration progressive en fatigue. Le BEA n’a pas pu déterminer cependant si la rupture s’était produite en vol ou lors de l’impact.
Lien de lecture du rapport d’enquête