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REX – Un poser en hélicoptère en montagne n’est jamais anodin

L’accident illustre la difficulté des opérations en montagne. Ainsi, un site peut être connu, déjà utilisé, et pourtant rester incertain. ©TAIC

Le 12 janvier 2025, un Hélicoptère Airbus AS350 B3 a été gravement endommagé lors d'une récupération de deux alpinistes sur un site isolé en montagne. Aucun blessé n’est à déplorer, mais l’accident rappelle combien un poser en montagne peut basculer lorsque l'environnement n'offre pas les mêmes garanties qu'un héliport.

L’accident s’est produit à Turners Bivouac, sur les pentes du mont Madeline, à environ 7 kilomètres à l’est de Milford Sound, en Nouvelle-Zélande. L’hélicoptère utilisé ce jour là est un « Ecureuil » exploité par la société Te Anau Helicopter Services Limited. La mission du jour consiste à aller récupérer deux alpinistes qui ont terminé leur course plus tôt que prévu. À bord de la machine ont pris place le pilote et un second membre d’équipage lui-même pilote. Ce dernier est embarqué pour aider au chargement des passagers et de leur matériel.

Le site de récupération est situé vers les 4.900 ft d’altitude. Il ne s’agit pas d’une hélisurface aménagée au sens classique du terme. Il s’agit simplement d’une petite zone plane, créée et consolidée au fil des rotations d’hélicoptères, composée de pierres. Elle est idéalement positionnée à proximité d’un bivouac de montagne. Le rapport du bureau d’enquête néo-zélandais explique que « l’endroit avait déjà été utilisé avec succès par des hélicoptères. Mais il restait exigu, irrégulier et exigeant. »

Le pilote était expérimenté, titulaire d’une licence professionnelle hélicoptère, avec 5.300 heures de vol au total, dont 907 heures sur ce type. La fatigue et l’état de santé n’ont pas été retenus comme facteurs contributifs. ©TAIC

Le pilote désigné pour la mission ne s’était encore jamais posé à cet endroit. Avant le vol, il avait donc pris contact avec le chef pilote de l’opérateur, qui connaissait quant à lui le site. Les deux hommes avaient convenu qu’il serait plus sûr d’embarquer un équipier supplémentaire. Dans la réflexion, l’idée était de permettre au pilote de rester aux commandes pendant que le second membre d’équipage aiderait les deux alpinistes à embarquer. Cette précaution devait aussi offrir davantage de souplesse, notamment dans l’hypothèse d’un poser partiel. Cette seconde option consiste à conserver de la puissance moteur pour ne pas faire reposer tout le poids de la machine sur l’altisurface tout en posant les patins.

Ce jour là, la météorologie est bonne et l’approche se réalise de manière nominale. C’est au moment de réduire la puissance pour établir le contact avec le sol que la situation change drastiquement. Une roche située sous l’arrière du patin droit « s’est vraisemblablement rompue sous la charge. L’arrière de l’hélicoptère s’est alors affaissé brutalement, entraînant le rotor anticouple vers le bas. Les pales du rotor de queue ont heurté un rocher situé sous l’appareil. » explique le rapport d’enquête.

A ce moment, le pilote ne comprend pas immédiatement la situation en train de se dérouler sous ses patins. Par prudence, il prend la décision de repositionner l’appareil afin de le poser et de couper le moteur. Les enquêteurs estiment « que cette décision a probablement évité une issue bien plus grave. Les dommages subis par la poutre de queue, la transmission du rotor anticouple et les commandes étaient tels qu’une tentative de décollage aurait très vraisemblablement pu conduire à une rupture en vol. »

Cependant, au cours de cette manœuvre de repositionnement, le rotor principal a heurté un gros affleurement rocheux situé à droite de la zone de poser. Les trois pales principales ont été endommagées, provoquant de fortes vibrations. L’hélicoptère a pivoté d’environ 50 degrés avant de s’immobiliser. Le pilote est parvenu à couper le moteur. Les deux membres d’équipage, comme les deux alpinistes, sont sortis indemnes.

La TAIC n’a émis ni recommandation de sécurité, ni identifié de problème nécessitant une action formelle. Elle retient toutefois que lorsqu’un doute subsiste, l’alternative de se poser ailleurs doit rester ouverte. ©TAIC

Dans l’évaluation du site, les enquêteurs mettent en avant un environnement montagneux très contraint. Le rapport relève que, par prudence, le pilote s’est positionné légèrement plus en arrière que les hélicoptères qui s’étaient posés auparavant au même endroit. Ce choix, qui avait une finalité sécuritaire, a placé l’arrière du patin droit sur une roche qui n’a pas résisté.

Les enquêteurs soulignent aussi l’importance de la transmission d’expérience entre pilotes. L’opérateur disposait d’un registre de sites d’atterrissage, destiné à recenser les coordonnées, les particularités, les dangers et les procédures. Mais Turners Bivouac n’y figurait pas encore car il faisait partie des sites les moins utilisés. L’opérateur suivait ses vols grâce au système satellitaire Spidertracks, complété par des messages de position et des procédures internes.

Après l’impact, l’alerte a été transmise rapidement. Un autre hélicoptère a été engagé pour récupérer les deux alpinistes, puis l’équipage. Tous ont été évacués en moins de 90 minutes.

Lien de lecture du rapport d’enquête

Jean-François Bourgain

Détenteur du BIA/CAEA, Pilote Privé avion/Instructeur ULM et technicien aéronautique de formation, c’est par passion du vol et du monde spatial que Jean-François Bourgain est devenu Journaliste aéronautique / espace. Il est à ce titre membre de l’AJPAE et collabore régulièrement à AéroBuzz.fr depuis 2016. Il troque parfois sa plume contre un micro pour commenter des meetings aériens ou JPO. Plusieurs collaborations de com' également dans le secteur aéronautique. CONTACT : bourgainjeanfrancois.jr@gmail.com

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