Quand Sophie Adenot intègre l'EPNER, elle réalise qu'aucune autre Française n'avait obtenu un brevet semblable depuis Jacqueline Auriol en 1955. ©Armée de l'air et de l'espace
Si tout se passe comme prévu, l’astronaute Sophie Adenot deviendra le 18 août 2026 la première Française à effectuer une sortie dans l’espace. Une suite logique dans une carrière déjà riche de premières…
Sophie Adenot l’admet bien volontiers, devenir spationaute est un rêve de longue date qui remonte au moins au premier vol spatial de Claudie Haigneré. La jeune femme n’avait à l’époque que 14 ans. Nul doute pour elle donc que cette sortie hors de l’ISS est un nouveau défi et un accomplissement. Construire un parcours, pour espérer un jour tutoyer les étoiles, se construit patiemment à grand renfort de travail et de motivation. Bien avant les sélections de l’ESA, c’est donc dans le monde des voilures tournantes que Adenot construit le sien.
La jeune pépite franchit en 2004 le seuil du site d’Airbus Helicopters, où elle y débute comme ingénieure de recherche en conception de cockpits. Dans ce cadre, elle travaille notamment sur la conception du poste de pilotage de l’EC225 Caracal en contribuant à l’intégration de systèmes de sécurité et d’anticollision (EGPWS, TCAS). Cette mission a valeur de révélation pour la jeune femme de 22 ans. Elle dira par la suite vouloir faire de ces cockpits son bureau quotidien, comme le relate Marc Dana, dans son ouvrage consacré à la spationaute : « J’en suis amoureuse de ce cockpit, il faut que j’essaye de le piloter ! »
En 2005, elle choisit de passer de l’autre côté, en rejoignant l’Armée de l’air et de l’espace pour suivre la formation de pilote d’hélicoptère. L’étape a pour objectif de structurer la double casquette de la jeune femme : ingénieure mais aussi pilote. En choisissant de quitter un emploi stable chez l’industriel européen, Sophie Adenot fait le choix du cœur. Guidée par l’intuition que c’est dans les cockpits qu’elle construira sa légitimité pour devenir spationaute. « Le travail d’ingénieur m’a beaucoup apporté, mais je sentais que pour aller plus loin, il fallait prendre la voie opérationnelle », explique t’elle.
C’est donc sur les premiers appareils écoles militaires, notamment les Fennec, que Sophie découvre le pilotage opérationnel. Diplômée de l’Ecole de l’Air et brevetée en 2008, elle choisit l’escadron 1/67 « Pyrénées » spécialisé dans les missions de recherche et sauvetage au combat sur la base aérienne 120 de Cazaux. Ainsi, elle pilotera un H225 Caracal, sur lequel elle a travaillé quelques années plus tôt.
Petit à petit, gagnant en compétences sur sa machine, Sophie Adenot se construit une trajectoire vers l’espace. Recalée à la sélection des spationautes de l’ESA 2009, qui verra Thomas Pesquet sélectionné, elle admet au sujet de cet échec « qu’elle était trop jeune, pas assez expérimentée opérationnel » à l’époque. C’est donc l’Afghanistan et le baptême du feu qui va combler ce manque dans la carrière militaire de la jeune femme avec deux déploiements.
En 2012, après quatre années passées à Cazaux, Sophie prend un nouveau cap. Elle rejoint la base aérienne 107 de Villacoublay et l’escadron de transport 60 qui assure le transport des plus hautes autorités de l’état. Elle y restera cinq années (2012-2017).
En 2017, marchant sur les pas d’une de ses grandes inspiratrices Jacqueline Auriol, la Lieutenant-Colonel Adenot intègre la prestigieuse école des pilotes d’essais l’EPNER. Elle succède donc de nombreux astronautes comme Patrick Baudry (1978), Jean-Pierre Haigneré (1981) et Michel Tognini (1982). Sophie le réalise de ses yeux avec cette étape. Pleinement opérationnelle avec 3.000 heures de vol sur ses carnets, en 2021, elle est fin prête pour se porter candidate à la sélection d’astronaute de l’ESA. Elle l’est aussi pour affronter le vide sidéral, en orbite autour de la Terre.