Catherine Maunoury a choisi "Vivre et voler" de Jacqueline Auriol. © Aerobuzz.fr
« Vivre et voler » de Jacqueline Auriol. Le choix de Catherine Maunoury. Deux aviatrices d'exception et naturellement des parallèles qui s'imposent : une même détermination, une même indépendance. Réunies par un livre.
J’avais 8 ans et mon père aux commandes m’offrait un vrai baptême, une nouvelle vie, un nouveau regard sur le monde. Je n’avais plus peur, j’avais pris du recul sur ce qui m’impressionnait tant : l’école, la vie… Quelque chose venait de basculer, l’aviation venait d’allumer une mèche en moi. J’ai découvert « Vivre et voler » de Jacqueline Auriol un peu plus tard, à l’âge ou l’on rêve sans filtre, où l’on sait déjà ce qui nous attire, mais où l’on ignore encore comment y parvenir.
Je lisais ces pages comme on suit une héroïne réelle, de chair, de douleur et de lumière. Je découvrais que cette femme pouvait voler plus vite que le son, qu’elle pouvait se relever, survivre à un accident terrible pour revenir plus forte, se reconstruire, recommencer. Cela m’a frappée comme un éclair : voler n’était pas seulement possible, c’était indispensable, accessible, concret, presque urgent.
Jacqueline Auriol avait tout pour préférer rester au sol, mais elle choisissait le ciel. Il y avait un contraste saisissant : elle était la belle-fille du président de la République, une femme du monde, habituée aux salons, aux réceptions, aux photographes. Et pourtant, elle écrivait qu’en arrivant sur un aérodrome, elle se sentait enfin à sa vraie place. Elle écrivait sa passion avec la même intensité que celle que je ressentais depuis mes 8 ans. Elle ne volait pas pour la gloire, elle volait parce qu’elle ne pouvait pas faire autrement.
Jacqueline Auriol évoque la voltige avec un enthousiasme sans réserve. Elle a découvert, avec un plaisir immédiat et intense, cette discipline qui était pour elle une façon de repousser les limites et qui reflète bien son tempérament audacieux, déterminé, toujours en quête de dépassement. Et puis… il y a cette façon qu’elle a de parler du geste juste, de l’avion qui répond à la moindre intention du pilote. Plus tard, j’ai reconnu ce frisson ressenti dès mon premier vol. La rigueur, la liberté, la quête du geste parfait, la capacité à recommencer sans cesse vers l’impossible perfection, l’exigence totale de la voltige : tout était déjà inscrit en moi avec la lecture de « Vivre et voler »
Ce livre a été mon accélérateur. Sans « Vivre et voler », sans cet héritage d’une personnalité qui refusait les limites, mon premier vol avec mon père serait peut-être resté un simple souvenir. J’ai lu ce livre comme une promesse. Je ne savais pas que je deviendrais compétitrice, mais je savais déjà que sur un aérodrome et avec mes amis aviateurs, je serai « à ma place ».
Catherine Maunoury
Propos recueillis pas Gil Roy