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« J’aime tous les livres qui m’ont appris à comprendre les avions »

La bibliothèque d'Edmond Salis remplie d'ouvrages techniques et de manuel de pilotage. © Aerobuzz.fr

"Les ouvrages théoriques". Le choix d'Edmond Salis. Petit-fils de l’aviateur Jean-Baptiste Salis, l'homme a grandi au milieu des avions anciens. Pilote d’avions de collection, membre des Casques de Cuir et instructeur sur avions de ligne, il a une passion pour les ouvrages théoriques de pilotage et les manuels de vol, compagnons indispensables de toute une vie passée à comprendre les avions.

Je vais sans doute faire un choix un peu à part. Si l’on me demande quel livre occupe une place particulière dans ma bibliothèque aéronautique, je ne citerai pas un roman, ni un grand récit d’aventure, ni même un ouvrage unique. La littérature, à vrai dire, m’ennuie assez vite. J’ai toujours eu du mal à finir un livre de Saint-Exupéry, par exemple. Ce qui m’a réellement accompagné, depuis mes débuts, ce sont les livres de théorie aéronautique, puis les manuels de vol des avions sur lesquels j’ai eu la chance de voler.

Mon livre à moi, c’est donc une continuité d’ouvrages. Cela commence avec le théorique planeur, puis le théorique avion. Ensuite, au fil de ma vie de pilote, il y a eu tous ces manuels de vol que j’ai lus avec plaisir, parfois avec passion, parce qu’ils permettaient de comprendre les machines. Aujourd’hui encore, alors que je fais de la formation sur Airbus A220, A320 et A350 au sein de l’ATO Air France, je garde cette même relation avec la documentation technique. J’ai toujours eu une forme d’histoire d’amour avec ces ouvrages. J’aime tous les livres qui m’ont appris à comprendre les avions.

Je les ai choisis d’abord par nécessité, dans le but de bien faire. Pour moi, piloter ne consiste pas seulement à manœuvrer un avion. Il faut comprendre ce que l’on fait, comprendre ce qui se passe, comprendre la machine. C’est aussi une démarche intellectuelle. Un pilote doit être devant son avion. Bien sûr, avec l’évolution de l’informatique et des systèmes, les connaissances opérationnelles ont parfois pris le pas sur le côté purement technique. Les informations fournies aux équipages sont aussi devenues plus maigres sur certains aspects. Mais le besoin de comprendre, lui, reste essentiel.

J’ai commencé le planeur à 14 ans. Avant cela, je savais déjà piloter un Piper J2, celui qui appartient aujourd’hui à la famille Chabbert. Je connaissais aussi par cœur le pilotage du Dragon Rapide. Tout cela se faisait avec un instructeur, donc je n’avais finalement que le côté manœuvrier à connaître. Les livres théoriques sont arrivés lorsque j’ai voulu obtenir mon brevet de pilote planeur. À l’époque, mon grand passe-temps était d’assembler des maquettes. La théorie, elle, est entrée dans ma vie de pilote de manière assez simple : après un échec. La première fois que j’ai vraiment ouvert un livre de théorie, c’était après avoir manqué de peu mon test théorique planeur. Je n’avais en réalité pas ouvert un livre avant de le passer ! Je me suis alors dit qu’il allait quand même falloir s’y mettre un peu si je voulais obtenir mon brevet. Et puis, de fil en aiguille, j’ai découvert le plaisir de lire ces ouvrages. J’ai ensuite lu avec beaucoup d’intérêt Libre intégral, d’Éric Muller.

Deux choses m’ont particulièrement marqué dans ces lectures. D’abord, la capacité des pilotes à inventer des figures de voltige. Ensuite, cette idée que l’apprentissage du pilotage consiste à apprendre à voler dans un domaine de vol. Or, paradoxalement, la voltige aérienne, c’est presque tout le contraire. On sort du domaine de vol habituel. On fait décrocher l’avion. On utilise des effets que l’on ne va pas chercher dans le vol classique, comme l’effet gyroscopique. Quand on comprend ce qui se passe, on se rend compte que tout cela est absolument incroyable. Ces livres m’ont influencé parce qu’ils m’ont permis de pousser la compréhension physique du vol. Ils montrent comment les choses fonctionnent réellement. Et plus on avance, plus on se rend compte qu’il y a des points communs entre des univers qui semblent très différents. Lorsqu’on vole sur un avion léger ou sur un avion de ligne, ce n’est pas si éloigné dans certaines situations. Quand il y a une panne, quand la météo se dégrade, quand il faut gérer l’imprévu, les logiques se rejoignent. Le pilotage redevient une affaire de méthode et de compréhension.

Chaque incident est un retour d’expérience. Ces ouvrages vivent, évoluent, se mettent à jour. Il faut sans cesse actualiser ses connaissances. C’est aussi ce qui fait leur richesse. Je regrette parfois que certains manuels soient aujourd’hui moins fournis techniquement qu’autrefois. En même temps, la technologie permet cela et c’est très bien ainsi. Mais je reste convaincu qu’un pilote doit garder le goût de comprendre. Aujourd’hui, j’ai le plaisir de lire ces documents sur tablette. Les lettres de diffusion expliquent les mises à jour, disent pourquoi telle procédure a changé, pourquoi telle information a été modifiée. Pour les avions de collection, c’est encore autre chose. J’aime me mettre au calme, le soir, avec la documentation, et faire en quelque sorte mes propres amphi-cabine. Sur un Morane H, il y a peu de systèmes, donc tout devient plus simple. Dans ce cas, le manuel de vol, c’est presque le dossier technique de l’avion.

À qui recommanderais-je ces ouvrages ? À tout pilote qui souhaite devenir un vieux pilote et pas seulement un bon pilote. Parce que durer dans l’aviation suppose de ne jamais cesser d’apprendre. Ces livres n’ont peut-être pas la poésie d’un roman, mais ils racontent quelque chose d’essentiel dans le monde des aviateurs.

Edmond Salis

Propos recueillis par Jean-François Bourgain

Lien de commande de l’ouvrage Libre intégral, d’Éric Muller

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