"Von Braun contre Korolev – Duel pour la conquête de l’espace", le choix de Bruno Guimbal. © Aerobuzz.fr
Von Braun contre Korolev – Duel pour la conquête de l’espace de Pierre Kohler et Jean-René Germain. Le choix de Bruno Guimbal. En nous parlant de ce livre, Bruno Guimbal, ingénieur passionné par les machines et fondateur d’Hélicoptères Guimbal nous rappelle également la place qu’a pu tenir la conquête spatiale dans sa formation intellectuelle…
Je ne lis que quelques livres par an, hélas ! et quasiment aucun sur l’aviation ou les hélicos. Pourtant, je suis récemment tombé sur ce livre datant de 1993 qui m’a attiré et que j’ai lu d’une traite. J’ai maintenant 66 ans, j’en avais 10 au moment où Neil Armstrong a posé le pied sur la Lune. J’avais eu la permission de minuit et je me souviens encore très bien de la télévision du bar sur le port, en Bretagne où nous étions en vacances. Au Noël suivant, j’ai reçu une fusée Saturn V en plastique lancée par un gros sandow qu’il fallait lever de toutes ses forces du sol à la tête, au risque de tout prendre dans la figure.
Cette fusée avait trois étages plus le LEM et la capsule, trois parachutes (des ronds de plastique scotchés à des petites ficelles), et je me souviens de passer de longues heures à tenter de faire marcher le mécanisme capricieux, à base d’élastiques et de palettes aéro, qui permettait de séparer les étages en séquence et de déplier les parachutes. Moins d’un vol sur vingt se terminait avec les trois parachutes déployés, et c’était chaque fois une immense victoire. Voilà toute mon expérience et ma passion pour le spatial… Sinon, j’ai passé mon enfance sur un fond de Guerre Froide, sans comprendre ce qu’il se passait.
Ce que j’ai aimé dans le livre de Pierre Kohler & Jean-René Germain, c’est d’abord le parallèle assez incroyable entre deux ingénieurs scientifiques géniaux – chacun à sa façon, nés et morts à peu près en même temps, animés de la même passion pour l’espace et les maths. Leurs deux histoires comportent des épisodes complètement rocambolesques et dramatiques, guerre, goulag, trahison, gloire etc. Elles sont totalement différentes et pourtant complètement parallèles, dans trois mondes que tout oppose : l’URSS, le 3è Reich, et les Etats-Unis ; chacun étant délirant à sa façon.
Ensuite, le récit raconte comment, de deux façons similaires et opposées, un ingénieur passionné de science et de progrès peut être confronté à la politique et à la guerre dans sa version la plus cruelle, sollicitant sa conscience, bouleversant sa vie privée. J’en ai gardé une grande envie de rencontrer Wernher et Sergueï, tous deux doués d’un charisme hors du commun.
Du côté technique, les « graisseux » comme moi resteront un peu sur leur faim de comprendre les défis incroyables posés par la mise au point, le long de cette aventure de plus de 40 ans, de ces techniques encore ultra-modernes : le guidage inertiel, les turbopompes, les propergols liquides, les moteurs cryogéniques etc. Ils seront étonnés quand même de voir tout ce que Spoutnik, Soyouz, Apollo, Ariane, … Tintin, etc., doivent à deux hommes et leurs disciples ; difficile de ne pas se demander ce qu’il serait advenu sans le nazisme et sans le communisme.
J’ai eu la chance de passer une journée inoubliable au site-musée du Kennedy Space Center, et je recommande la visite à tous celles et ceux que la technique et la science intéressent. Maintenant, je recommande également à toute personne qui s’y rendrait, de lire ce livre avant, pour connaître l’histoire des hommes qui sont derrière les machines titanesques.
Par contre, la lecture du livre m’a inspiré une grande curiosité pour Peenemünde, en ex-RDA ; une petite excursion sur Internet montre que le site a été négligé par l’URSS – on peut le comprendre – et que malgré la chute du communisme et du mur de Berlin, il est très peu mis en valeur : plusieurs tentatives se sont heurtées aux fantômes qui hantent encore les lieux. En plus des milliers de victimes des V2, un encore plus grand nombre de travailleurs déportés ont laissé leur vie dans les camps et les usines souterraines.
Il n’y a pas grand’chose à voir.
Bégaiement de l’histoire : le site sert en ce moment de centre d’essais en vol de drones pour la guerre d’Ukraine !
Bruno Guimbal
Propos recueillis par Frédéric Lert