Demain je serai pilote de Gérard Feldzer. Le choix de Jean-François Bourgain. © Aerobuzz.fr
Demain je serai pilote de Gérard Feldzer. Le choix de Jean-François Bourgain. Membre de la rédaction d'Aerobuzz, il a choisi un livre de jeunesse qui lui a ouvert l'esprit sur l'aspect pluriel du monde aéronautique. Pilote de ligne ou militaire, steward, hôtesse de l’air, contrôleur aérien, mécanicien ou assistant-avion, ce petit ouvrage signé par un commandant de bord d’Air France raconte aux enfants la diversité des métiers du ciel.
Il y a des livres que l’on garde dans sa bibliothèque. Et puis il y a ceux que l’on ne possède plus, que l’on n’a peut-être même jamais possédés, mais qui restent pourtant rangés quelque part dans un coin de la mémoire. Pour moi, Demain je serai pilote, de Gérard Feldzer, appartient à cette seconde catégorie. C’est un petit livre jeunesse, très simple, illustré, presque modeste. Mais il a compté, parce qu’il est arrivé au moment où l’aviation cessait d’être seulement un rêve d’enfant. Je devais avoir autour de 8 ou 9 ans lorsque je l’ai découvert.
À cette époque, dès que j’ai su lire, mes premières lectures ont naturellement été consacrées aux ouvrages aéronautiques. Chaque samedi après-midi, accompagné de mes parents, je me rendais à la bibliothèque municipale. À peine entré, mon regard était immédiatement attiré par le rayon des « choses de l’air ». Il me paraissait toujours trop petit. J’aurais voulu qu’il occupe un mur entier. On y trouvait des livres d’un autre temps. Je me souviens d’une encyclopédie qui présentait les Douglas DC-8 et les Boeing 707 comme les avions de ligne contemporains. L’Airbus A320 y était encore décrit comme l’avion du futur, avec ses écrans et ses commandes de vol électriques. Pour l’enfant que j’étais, ces ouvrages avaient quelque chose de fascinant. Ils semblaient ouvrir une porte sur un monde merveilleux.
Et puis, au milieu de ces grands livres un peu datés, il y avait ce petit ouvrage qui portait le nom Demain je serai pilote. Quarante-huit pages seulement, mais richement illustrées, avec des pages qui se dépliaient et qui donnaient l’impression qu’il y avait toujours quelque chose de nouveau à découvrir. Je me souviens très bien des circonstances de ma première lecture, c’était entre deux rayonnages de la bibliothèque. Je ne connaissais pas encore Gérard Feldzer. Je ne pouvais évidemment pas imaginer qu’une décennie plus tard, je me retrouverais sur sa péniche à parler avec lui de ce petit livre de jeunesse.
Ce qui m’avait marqué, c’est d’abord que ce livre s’adressait à moi. Il parlait à l’enfant que j’étais, à ma hauteur, avec des mots simples, des images, des explications accessibles. Beaucoup d’ouvrages aéronautiques me faisaient rêver, mais ils me dépassaient aussi souvent. Celui-ci avait une force considérable car il rendait l’aviation proche. Il disait, en somme, que ce monde n’était pas réservé à quelques initiés. À l’époque, comme beaucoup d’enfants passionnés d’avions, je voulais devenir pilote. C’était l’horizon évident. Le cockpit représentait l’aboutissement du rêve. Mais ce petit livre m’a montré autre chose. L’aéronautique ne se résume pas au pilote. Il présentait plusieurs carrières, plusieurs métiers, plusieurs façons d’appartenir à ce monde. C’est probablement à ce moment-là que j’ai compris, sans encore le formuler ainsi, qu’il existait tout un écosystème aéronautique.
Jusque-là, mon rapport à l’aviation était très simple. Il y avait l’aéroclub du coin, où j’allais regarder les avions décoller et atterrir le dimanche. Il y avait aussi le souvenir de mon baptême de l’air, quelques années plus tôt, à bord d’un Boeing 767 de la compagnie Martinair. Ces images avaient suffi à installer durablement la passion. Mais Demain je serai pilote a élargi le cadre. Il m’a montré que derrière les avions, il y avait des femmes, des hommes, des métiers, des savoir-faire, des parcours possibles. Ce livre n’a assurément pas déterminé à lui seul mon chemin. Mais il a participé à ouvrir mon regard. Il m’a appris, de la manière la plus simple qui soit, la diversité de l’aéronautique. Et c’était déjà beaucoup pour mon âge à l’époque. Il disait que ce monde est pluriel, qu’il est ouvert, qu’on peut l’aborder par différents chemins. Pilote, bien sûr, mais pas seulement. C’est peut-être ce que j’en ai retenu de plus important.
Je ne l’ai jamais relu depuis. Pour les besoins de cet article, je suis retourné à la bibliothèque de mon enfance. J’ai cherché dans le rayon aéronautique, mais je ne l’ai pas retrouvé. Les livres avaient été renouvelés, et c’est sans doute bien. Les vieux ouvrages avaient laissé place à d’autres, plus actuels. Pourtant, j’ai ressenti une forme de petite déception. J’aurais aimé retomber sur ce format, ces illustrations, ces pages dépliantes. Mais peut-être vaut-il mieux ainsi. Si je le relisais aujourd’hui, avec mon regard d’adulte, de professionnel de l’aéronautique, je serais peut-être déçu. Alors je préfère conserver intacte cette lecture comme une madeleine de Proust.
Je recommanderais volontiers Demain je serai pilote à de jeunes lecteurs, à des enfants curieux d’aviation, à ceux qui regardent le ciel en se demandant comment on entre dans ce monde-là. Je doute qu’il soit encore facile à trouver aujourd’hui. Mais peu importe, au fond. Ce qu’il représentait demeure essentiel. C’est à dire un livre capable de dire à un enfant que l’aéronautique est un univers vaste, vivant et qu’il y a peut-être une place pour lui quelque part dans cette aventure.