Les sorcières de la nuit de Bruce Myles. Le choix de Virginie Guyot. © Aerobuzz.fr
Les sorcières de la nuit de Bruce Myles. Le choix de Virginie Guyot. Un livre découvert à l’adolescence, qui a nourri sa vocation et l’a accompagnée dans sa carrière de pilote militaire. Première et seule femme à ce jour, leader de la Patrouille de France.
J’ai choisi Les Sorcières de la Nuit, de Bruce Myles, parce que ce livre ne m’a jamais vraiment quitté. Il m’accompagne depuis l’adolescence et je pense très régulièrement à ces jeunes femmes qui, pendant la Seconde Guerre mondiale, ont incarné un courage absolu. Les Sorcières de la Nuit étaient les pilotes du 588ème régiment soviétique de bombardement de nuit, une unité entièrement féminine. A bord de biplans en bois et en toile, lents et particulièrement vulnérables, elles enchaînaient parfois jusqu’à dix missions par nuit. Les soldats allemands les surnommèrent ainsi en raison du sifflement de leurs avions lorsqu’elles coupaient le moteur pour approcher leurs objectifs en silence avant de larguer leurs bombes.
Et ce livre avec cette histoire me donne de la force. Dans les moments de doute, quand il faut décider, avancer, dépasser ses peurs, il revient souvent à mon esprit. C’est mon père qui me l’avait recommandé. J’avais 16 ou 17 ans. J’avais volé pour la première fois à 12 ans et je savais déjà que je voulais devenir pilote. À cette époque, je n’avais pas encore volé dans l’armée, mais ce projet était déjà très présent. La lecture de ce livre a renforcé mon envie de devenir pilote militaire.
Ce livre raconte l’histoire de femmes très jeunes, âgées d’environ 19 à 26 ans, capables de mettre leur vie en jeu pour un idéal. Elles ne recherchent pas la reconnaissance. Ce qui les anime, c’est l’esprit de mission, la liberté, la patrie. J’y ai trouvé une leçon de courage et d’abnégation. Ce récit correspondait aussi profondément à l’éducation que j’avais reçue autour de l’histoire, du devoir et de l’engagement. Je me souviens avoir dévoré ce livre en quelques jours, alors même que je ne suis pas une grande lectrice. J’ai très vite été happée par l’histoire de cet escadron 100 % féminin.
À l’époque où je l’ai lu, le métier de pilote de chasse était très peu féminisé. J’appartiens aussi à la génération Top Gun, avec tout l’imaginaire que ce film a pu créer autour de l’aviation militaire. Mais cette réalité, cette contrainte, ne m’a jamais bloquée. Au contraire, Les Sorcières de la Nuit m’a montré que c’était possible.
Il n’y a pas une scène unique qui m’ait marquée plus qu’une autre. C’est plutôt une atmosphère générale qui m’est restée : les départs sur alerte, les équipages qui ne revenaient pas, la description des missions, la tension permanente, la fatigue, le courage. Marina Raskova est probablement la figure qui m’a le plus impressionnée. Mais au-delà d’un personnage, c’est l’ensemble de ces femmes qui m’a marquée.
Ce livre m’a accompagné dans mon parcours. Lorsque j’ai effectué mes premières missions, j’y pensais régulièrement, au même titre que je pensais au général Valérie André. Ces références m’accompagnaient. Elles donnaient du sens à l’engagement, à la mission, à ce que l’on accepte de porter lorsque l’on choisit ce métier.
Je n’ai relu Les Sorcières de la Nuit qu’une seule fois, lorsque j’étais élève officier à l’École de l’Air. Cette deuxième lecture était restée fidèle à la première. Aujourd’hui, il serait sans doute intéressant pour moi de le relire encore, avec mes propres missions de combat derrière moi. Je le lirais probablement différemment, avec une expérience que je n’avais évidemment pas à 16 ou 17 ans.
Pour moi, ce livre est avant tout une leçon de courage. Il aide à dépasser les doutes, les craintes, les hésitations. Il permet aussi de prendre de la hauteur sur la vie. L’aviation, dans ce récit, n’est pas seulement une affaire de technique, de machines ou de performance. Elle devient une aventure humaine, un engagement total, parfois au prix le plus élevé.
Il m’arrive encore de recommander ce livre, surtout à de jeunes femmes. Je pense même que je l’offrirai un jour à ma fille. Elle n’a que 13 ans, j’attendrai encore un peu. Mais je sais déjà pourquoi j’aimerais lui transmettre. Tout simplement parce qu’il raconte que le courage existe, que l’engagement a un sens, et que certaines histoires peuvent ouvrir des horizons.
Virginie Guyot
Propos recueillis par Jean-François Bourgain
Un commentaire
La possibilité de commenter une information est désormais offerte aux seuls abonnés Premium d’Aerobuzz.fr. Ce choix s’est imposé pour enrayer une dérive détestable. Nous souhaitons qu’à travers leurs commentaires, nos lecteurs puissent apporter une information complémentaire dans l’intérêt de tous, sans craindre de se faire tacler par des internautes anonymes et vindicatifs.
Émouvante évocation et émouvante Virginie. Merci pour ce beau flash-back. Michel.