"Il était une foi : mes ailes" de Bernard Chauvreau. Le choix de Gil Roy. © Aerobuzz.fr
"Il était une foi : mes ailes" de Bernard Chauvreau. Le choix de Gil Roy. La rencontre par livre interposé entre un jeune élève pilote privé et un aventurier humaniste.
Bernard Chauvreau n’a jamais imaginé l’importance qu’a eu son premier livre sur mon implication dans l’aéronautique au cours de… ces quarante dernières années. Comme beaucoup de ma génération, j’ai commencé à nourrir mon insatiable passion d’adolescent pour l’aviation par la lecture des récits des as de la seconde guerre mondiale. Dans les années soixante et soixante-dix, les éditions France Empire étaient une source inépuisable de récits autobiographiques.
J’avais « hérité » de la bibliothèque d’une femme-pilote qui a trouvé la mort, avec son mari et un couple d’amis, dans un accident d’avion de tourisme. Je ne la connaissais pas, mais ses livres, jusqu’à aujourd’hui encore, occupent une place singulière dans ma bibliothèque. Ils étaient signés Clostermann, Galland ou encore Hillary… Et puis, je ne sais plus comment, des années plus tard, j’ai lu « Il était une foi mes ailes ». Encore un récit autobiographique, un genre dont je ne me lassais pas.
France Empire qui avait épuisé le filon des combats aériens de la deuxième guerre mondiale, donnait désormais la parole aux défricheurs de lignes aériennes et aux nouveaux aventuriers. Bernard Chauvreau entrait dans cette dernière catégorie.
Je pratiquais le vol à voile, à l’époque, et je commençais à piloter des Robin DR400. Mon horizon se limitait aux tours de piste et à des vols locaux, quand j’ai découvert qu’avec 39 cv, le pilote d’essai de René Fournier traversait fréquemment l’Afrique, du nord au sud, en solo, pour aller livrer des RF-3 à des milliers de kilomètres de Gap-Tallard. Chaque livraison était une nouvelle aventure que Bernard Chauvreau vivait avec l’humilité qui l’a toujours caractérisé. L’apprenti-pilote que j’étais alors imaginait l’exploit que représentait chaque navigation au long cours, avec un avion infiniment plus léger et sous-motorisé que « mon » DR400. Chapitre après chapitre, je pouvais me comparer à l’auteur. Moi qui ne m’éloignais jamais de mon aérodrome de départ. Cela ne m’empêchait pas de me mettre à sa place. Ce qui ne m’était jamais venu à l’esprit en lisant « le grand cirque », « Jusqu’au bout sur nos Messerschmitt » ou encore « Le dernier ennemi ».
Pour écrire ces lignes, j’ai relu « Il était une foi des ailes ». Je n’en avais le souvenir que des vols africains, des séjours dans des tribus isolées et de la rencontre avec le docteur Schweitzer, dans son dispensaire à Lambaréné. J’avais oublié les vols d’essais des avions Fournier, les saisons de meetings aériens, les vols d’onde en RF3, moteur coupé… Bernard Chauvreau était né avec des ailes. Des ailes qui lui permirent d’aller à la rencontre des autres, tout au long de sa vie. C’est cette aviation que j’aime et c’est lui qui me l’a faite découvrir.
Grâce au Club Fournier International, j’ai pu rencontrer Bernard Chauvreau. C’était à l’occasion du rassemblement mondial organisé par le CFI en mai 2007, sur l’aérodrome de Gap-Tallard. Il y avait là aussi René Fournier et Mira Slovak. Mira était un « client », un aficionado des avions Fournier comme tous ceux venus du monde entier ce week-end à Gap.
Mira Slovak avait acheté un monoplace RF-4D qu’il a convoyé, en mai 1968, jusqu’en Californie. Il s’est malheureusement crashé sur son terrain de destination, à l’arrivée. Après des semaines d’hôpital pour lui, et des mois de restauration pour son « Spirit of Santa Paula », il a fait le voyage dans le sens inverse et cette fois-ci, tout s’est bien passé. Une quinzaine d’années plus tôt, aux commandes d’un DC3 de la CSA, le tchèque Mira Slovak était passé à l’Ouest avec 25 passagers. Il est resté huit mois entre les mains de la CIA avant de retrouver la Liberté.
Le livre de Bernard Chauvreau est aussi une galerie de portraits de pilotes inspirants. Après l’avoir relu, j’ai reposé « Il était une foi : mes ailes » dans ma bibliothèque, à côté du livre de René Fournier, « Mon rêve et mes combats ». J’aurais pu aussi vous en parler aujourd’hui… C’est aussi le livre d’un homme libre comme le fut Bernard Chauvreau.
Gil Roy
https://cfiamerica.com/Mira_Slovak-RF-4D-1700.html
2 commentaires
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Bel hommage, Gil, à la fois à Bernard Chauvreau (que je n’ai pas connu) et à René Fournier rencontré en 2019 lors d’un repas avec Jean-Marie Klinka, Dominique Rolland et Gilles Fournier.
Au club Fournier Internationnal, tu as dû rencontrer Gérard Moss qui a fait deux tours du monde dont un sur un Ximango, directement dérivé du fournier ?? 25 ?
Je dois beaucoup à Jean-Marie qui nous a quittés en 2021 ainsi qu’à Gérard qui l’a suivi en 2022.
Merci d’avoir choisi un ouvrage de Bernard Chauvreau. C’était un pilote aguerri avec une vie étonnante. Et l’ami très proche de Rene Fournier dont nous avons célébré les 105 ans au mois d’avril. J’étais à Nitray quand Bernard a sauté du prototype du RF 10 après 14 tours de vrille. J’ai vu le visage de René quand Bernard l’a appelé : vivant. Il avait vu son avion se rétablir et se poser. Hélas se briser contre une haie. 🫡🙏🍀