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Voyage à la lisière de l’utopie

Stéphane Rousson s'est mis dans la tête de traverser la Manche en ballon à pédales. Il a failli réussir. Il essayera à nouveau.

6.10.2010

Stéphane Rousson est un personnage charismatique, qui dégage la vitalité, la créativité de l’aventurier des temps modernes. Plus « système D » que fortuné, il suit sa ligne de conduite personnelle : « avoir un rêve, c’est donner un sens à sa vie ». Et son rêve, il est allé au bout – même si ceux qui ont suivi son parcours de loin peuvent ne pas partager ce point de vue –, consacrant une demi-douzaine d’années de travail et tous ses moyens à la poursuite d’un but : traverser la Manche avec un dirigeable à pédales… Pour cela, il lui a fallu renverser des montagnes, de l’achat du Zeppy du regretté Luc Geiser au manque de finances en passant par les embûches, techniques, administratives !

Son projet un peu fou n’est pas commercial, c’est plutôt un exercice de style. Le vol est prévu dans le sens Angleterre-France, pour profiter des vents dominants – mais le temps le plus calme possible (la « pétole » en terme de marin) est requis tant le ballon est léger et peut-être le jouet des éléments. Et puis aussi parce que les autorités françaises sont difficilement compréhensives face à des traversées du Channel peu orthodoxes.

Premier essai, 10 juin 2008, non loin de l’aérodrome de Lydd, 6 heures du matin. Météo idéale, mais les vents ont forci durant le gonflage. Le dirigeable s’avère presque impossible à contrôler. La mort dans l’âme, Stéphane Rousson, toujours soucieux de la sécurité et pour préserver des chances d’avenir, est contraint au renoncement…

Second essai, 28 septembre 2008. Cette fois, c’est le départ pour la grande aventure. Tout est nominal, le rail des cargos est passé – car le vol se déroule naturellement à très basse altitude. Mais ce vol s’arrêtera à une quinzaine de kilomètres de la côte française, malgré les bonnes conditions pour les touristes : plus de vent complice, et le courant maritime qui ramène le navire aérien vers la perfide Albion, en raison du guiderope qui, par sécurité, attaché à l’arrière du dirigeable, trempe dans l’eau. Deux heures de pédalage pour essayer de vaincre cette adversité, huit heures d’effort physique en tout, avant le dégonflement du ballon en pleine mer, à l’aide des deux Zodiac d’assistance. Heureux, cette fois, Stéphane Rousson : c’est la nature qui l’a battu, et il a lutté de toutes ses forces. Son aérostat s’est bien comporté et d’ailleurs, il existe toujours, on a pu l’admirer, avec une nouvelle enveloppe, au 2e Salon de l’Aviation verte…

Ce livre (96 pages au format 21 x 21), accompagné du DVD du reportage sur les deux tentatives, permet de mieux découvrir encore qui est Stéphane Rousson, car il relate plus que l’exploit. Il décrit minutieusement, sans fard, le passage du rêve à la réalité, raconte l’engagement personnel et celui de l’équipe bénévole, conquise par sa passion et sa volonté. Le texte est magnifiquement écrit et les photos sont magnifiquement belles. Un beau reportage sur de belles qualités humaines et sur un concentré d’effort et de technologie.

Jean Molveau

A propos de Jean Molveau

chez Aerobuzz.fr
Journaliste aéronautique, Jean Molveau est le rédacteur en chef d’Aviasport et du magasine Vol à Voile dont il est l’un des fondateurs (1983). Historien reconnu de l’aéronautique, il a signé 16 ouvrages. Il a rejoint Aerobuzz en 2009. Au sein de la rédaction, Jean Molveau traite plus particulièrement les sujets historiques.

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