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Airbus crée sa première école de pilotage ab-initio à Angoulême

Airbus se lance dans la formation ab-initio des pilotes de ligne. Le constructeur est en train d’implanter sur l’aérodrome d’Angoulême, l’Airbus Flight Academy Europe, une école qui a terme aura la capacité de former 200 pilotes cadets par an. Les premiers sont attendus dès le printemps 2019.

4.03.2019

Airbus Flight Academy Europe (anciennement CATS) disposera d'une flotte de monomoteurs Cirrus SR20 et de bimoteurs Diamond DA42. © Airbus Flight Academy Europe

En juillet 2018, Airbus a annoncé son intention de constituer un réseau mondial d’écoles de pilotage dans le but de faire face à la forte demande de pilotes de ligne évaluée à 94.000 professionnels au cours des 20 prochaines années. Ces écoles devront s’engager à mettre en œuvre un cursus développé conjointement par Airbus et par l’ENAC (Ecole nationale d’aviation civile), et agréé depuis fin 2018 par l’EASA. La première école labélisée a été une école mexicaine. La deuxième est l’Airbus Flight Academy qui doit ouvrir ses portes entre fin avril et début mai 2019, sur l’aérodrome d’Angoulême, avec une première promotion d’une douzaine de cadets.

Montée en puissance rapide

Si le démarrage est modeste, l’objectif n’en est pas moins ambitieux. D’ici à 4 ans, l’Airbus Flight Academy Europe doit être en capacité d’accueillir 200 élèves pilotes, civils ou militaires. Elle regroupera une cinquantaine d’instructeurs, 60 techniciens de maintenance et personnels de soutien, 20 avions-école basés sur l’aéroport. « A terme, l’école comptera plus de 300 personnes sur le site de l’aéroport d’Angoulême avec la création d’une centaine d’emplois directs auxquels il faudra ajouter tous les emplois indirects. », affirme le Syndicat mixte des aéroports de Charente (SMAC), partenaire d’Airbus dans ce projet.

Création d’un campus aéronautique

La montée en puissance de l’école sera échelonnée et conditionnée par l’édification progressive des infrastructures nécessaires. Ce que le SMAC dénomme d’ores et déjà le « Campus aéronautique de la Formation et de la Maintenance » comprendra d’une part les installations pédagogiques (2.800 m2) regroupant notamment les salles de cours, les simulateurs de vol ou encore les bureaux des instructeurs, et d’autre part de nouveaux hangars (4.000 m2) pour les activités de maintenance et la mise à l’abri des avions. Des bâtiments de logement de type studettes avec une capacité de restauration sur site pour les élèves, personnels de l’école et personnels salariés sur la plateforme aéroportuaire, seront également implantés.

Les travaux de construction du hangar devraient débuter au printemps 2019. Le SMAC a lancé la réfection et l’extension du parking avion. Ils portent aussi sur une extension de 17.000 m2 de la surface existante et la création de 21 postes autonomes pour les avions légers.

Sélection ouverte des premiers cadets fin mars 2019

Airbus précise que son programme Pilot Cadet Training est accessible aux diplômés du secondaire, âgés de 18 ans et plus, quel que soit leur pays d’origine. Les candidats passeront des tests de présélection en ligne et sur site avant d’être admissibles à la formation, qui comprendra 750 heures d’instruction au sol et 200 heures de formation en vol. A l’issue du cursus, les cadets seront titulaires d’une licence de pilote de ligne (ATPi).

La sélection se déroule en plusieurs phases. D’abord une évaluation en ligne (à travers une application accessible sur Internet) et portant sur les niveaux de compétences cognitives et physiques ainsi que sur la capacité à apprendre. Cette première étape est d’ores et déjà accessible en ligne.

Une formation ATPi à 100.000 euros

Les candidats qui réussiront cette première étape seront convoqués à l’aéroport d’Angoulême pour deux demi-journées pour une évaluation plus en profondeur des capacités techniques et non techniques à devenir pilote (vérification du niveau d’anglais) ; ils passeront également un test d’aptitude médicale répondant à des normes contraignantes. La première sélection sur site aura lieu du 26 au 28 mars 2019, pour un démarrage de la formation fin avril – début mai 2019. La première promotion se composera de 12 cadets « volontairement contingentée afin d’offrir des conditions optimales d’apprentissage en présentiel et en langue anglaise », précise-t-on du côté d’Airbus.

Un bilan-pronostic intermédiaire à 2 mois et quelque 20 heures de vol sera l’occasion d’évaluer les chances de réussite et de définir les conditions de poursuite du cursus de 18 mois dans un volume prévisionnel d’heures. Le coût de la formation pour le cadet est évalué à 100.000 € environ. A terme, l’essentiel de l’effectif devrait être composé de cadets en contrat avec des compagnies aériennes du monde entier.

Cirrus SR20, Diamond DA42 et Alsim AL42

Concernant les moyens pédagogiques et plus particulièrement les avions, la future école bénéficiera de la flotte mutualisée avec les autres contrats. En effet Airbus Flight Academy Europe est le nouveau nom de Cassidian Aviation Training Services (CATS), filiale à 100 % d’Airbus, qui a en charge la gestion et la mise à disposition d’heures de vol pour les écoles de l’Armée de l’air et de la Marine.

Depuis des années CATS gère une flotte de 18 Grob 120, 16 Cirrus SR20 et 10 Cirrus SR22. Ces avions sont répartis entre les bases de Cognac, Salon-de-Provence et Lanvéoc. Les futurs cadets d’Angoulême seront formés sur Cirrus SR20 et bimoteurs DA42. Airbus a acquis un DA42 et pris trois options. La flotte sera complétée, pour commencer, par un simulateur de vol Alsim AL42 livrable la semaine du 11 mars 2019. D’autres devraient venir s’ajouter au fur et à mesure de la montée en puissance de l’école.

Un référentiel

En choisissant comme avions de base le Cirrus SR20 et le Diamond DA42, Airbus veut former ses cadets dans un environnement technologique (suite avionique, interface homme-machine, pilote automatique 3 axes) proche de celui d’un avion de ligne moderne de type A320. L’objectif est clairement affiché de former des « pilotes opérationnels, sensibilisés au développement déterminant des compétences techniques et comportementales essentielles au pilotage. »

Au passage, les écoles qui à travers le monde ambitionnent de rejoindre le réseau que commence à développer Airbus, vont rapidement savoir où le constructeur a décidé de placer la barre. L’Airbus Flight Academy Europe devrait être à terme la référence. Cette implication de l’avionneur européen dans la formation ab-initio démontre aussi que plus que jamais, les pilotes de ligne sont au cœur de la problématique du développement du transport aérien dans les prochaines années. Le maintien de la sécurité des vols au niveau actuel passe impérativement par la qualité des professionnels et donc par l’excellence de la formation initiale.

Gil Roy

 

A propos de Gil Roy

chez Aerobuzz.fr
Gil Roy a fondé Aerobuzz.fr en 2009. Journaliste professionnel depuis 1981, son expertise dans les domaines de l’aviation générale, du transport aérien et des problématiques du développement durable l’amène à intervenir fréquemment dans diverses publications spécialisées et grand-public (Air & Cosmos, l’Express, Aviasport… ). Il est le rédacteur en chef d’Aerobuzz et l’auteur de 7 livres. Gil Roy a reçu le Prix littéraire de l'Aéro-Club de France. Il est titulaire de la Médaille de l'Aéronautique.

14 commentaires

  • BASTIAN

    En plus, ils embauchent des instructeurs ATPL de l’ENAC, ils ont d’ailleurs récupéré l’un des meilleurs prof de Météo Antoine M…. à mon avis se ne sera pas le seul… à rejoindre CATS AVIATION…

  • B748

    Manque cruellement l’apprentissage du « RAW DATA », lequel est absolument essentiel sur les avions de ligne modernes…quand tout part en c…..(ce qui arrive dans une vie de pilote de ligne).
    « Back to basic » disent les constructeurs (y compris Airbus dans ses « golden rules »).
    « What are you talking about ? » répondront ces jeunes formés sur des « glass cockpits »

  • Stef

    Avec la base de Cognac juste a coté, je vois mal comment ils vont arriver a mixer les deux activités, ca va vite manquer de place …..

  • Briand

    Au fait, quand est ce qu’on va équiper les CIRRUS de « silencieux » d’échappement, à moins que l’on me prouve qu’ils font la norme…

    • woodplane

      Les SR20 et 22 ont des silencieux d’échappement.
      C’est aussi l’hélice qui est très bruyante.

      Mais c’est vrai, les Cirrus sont trop bruyants (l’avion ami des riverains!!).

  • Gerard

    Le coût de la formation pour le cadet est évalué à 100.000 € environ.
    A terme, l’essentiel de l’effectif devrait être composé de fils à papa fortunés et de personnes en contrat avec des banques pour des crédits très difficiles à rembourser ….

    • Gil Roy
      Gil Roy

      Sauf que si vous avez compris ce que nous avons expliqué, la logique veut que les cadets seront envoyés par des compagnies aériennes qui financeront leur formation.

      • Paul

        Donc pas des fils à papa ?

      • Didier

        Bonjour
        Pas tout à fait vrai: mon fils sort des épreuves de selection à Angoulême et les banques étaient là pour proposer des prêts pour prendre en charge les frais qui s’élèvent à 103k€. Donc pas donné, ni pris en charge par d’éventuelles compagnies, mais finalement pas beaucoup plus cher qu’un aéroclub.

      • Paris Fabrigoule

        Bonjour
        Monfils est en prépa math qu’il vient de passer le concours de l enac très sélectif.il est intéressé par cette école. Pouvez vous me donner des renseignements sur le coût Au terme des 2ans doivent ils faire des heures de vols pour pouvoir prétendre postuler dans une compagnie ou peuvent il être pris avec seulement 200 h de vol?

  • Jean-Mi

    Ouaip, ça va manquer de tours de piste en D-112 (avec un manche et un palonnier et une bille, point barre…) et d’initiation voltige en Cap10C avec ses fesses et son oreille interne…
    J’oubliais l’initiation de base ab-initio en planeur d’abord, avec du remorquage pour travailler l’esprit d’équipe et le travail en équipage.
    A la fin, on passe au Cirrus pour l’IFR et apprendre le PA, puis qualif bimoteur en DA-42…
    J’ai oublié un truc ?
    Quoi ? Plus personne ne fabrique de D-112 ?
    Quoi ? Plus personne ne fabrique de CAP 10 ?
    Mince ! Mais comment nos enfants vont apprendre à piloter ?
    Rassurez-moi, on fabrique encore des ASK-13 ?

    • woodplane

      Et oui, l’art du pilotage sensoriel n’est plus!

      Aujourd’hui c’est la gestion des systèmes pour maintenir en vol un aéronef d’un point A à un point B.

      Prochaine étape, l’avion sans pilote!…

  • Bernard B.

    PA 3 axes sur un avion  » de base »….Les choses ne vont pas s’arranger.

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