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Airtelis remet en vol les premiers H225 de mer du Nord destinés à l’Ukraine
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L’accident d’hélicoptère H225 du 29 avril 2016 en Norvège (13 morts) et le redressement judiciaire de l’opérateur CHC de l'appareil, la même année, a laissé sur le carreau 21 H225 utilisés par le secteur pétrolier. Après deux années de stockage, les appareils ont été vendus à l’Ukraine. Airtelis (filiale de RTE) termine à présent leur remise en vol, sur l’aéroport d’Avignon, où Aerobuzz.fr s'est rendu. Le départ des H225 pour l’Ukraine se fera avant la fin de l’année. 

27.11.2018

Les deux premiers H225 photographiés dans le hangar d’Airtelis à Avignon auront rejoint l’Ukraine avant la fin 2018. Nul doute que Kiev réalise une bonne affaire avec ces appareils puissants et modernes à prix compétitifs, remis à niveau par Airtelis, Airbus Helicopters et Safran Helicopter Engines. © Frédéric Lert/Aerobuzz.fr

Après le redressement judiciaire de CHC, les banques propriétaires des hélicoptères (exploités en leasing) ont rapatrié en France 21 H225 en provenance d’Ecosse et de Norvège, mais aussi de destinations plus lointaines (Uruguay, Brésil, Australie et Timor Oriental). Très rapidement s’est posée la question de leur stockage avant une éventuelle revente. Et c’est là qu’est entré en scène Airtelis.

21 H225 sous cocon

La société a été créée en 2011 pour commercialiser le savoir faire de RTE (Réseau Transport d’Electricité) dans le domaine des travaux héliportés et de la maintenance aéronautique. RTE est certifiée part M et part 145 et fait travailler une trentaine de mécaniciens et spécialistes de la navigabilité sur ses différentes bases françaises. Les 21 H225 sont arrivés (sur des camions) à Avignon entre août 2016 et janvier 2017.

Dans un premier temps, les dispositions de stockage répondaient à des contraintes de court terme. Mais au bout d’un an, les appareils ne se vendant pas, la décision a été prise de placer les appareils sous cocon pour faire face à un stockage de plus longue durée. « C’est un processus qui coûte un peu plus cher, mais qui est très préférable sur le long terme » explique Rémi Magar, directeur technique d’Airtelis. « Nous avons fait appel à la société américaine Protective Packaging Corporation, qui est venue Avignon former nos opérateurs. Nous avons travaillé ensemble sur les trois premiers appareils et ensuite nous avons été autonomes dans la mise en œuvre du procédé. »

Les 21 appareils ont été préparés pour un stockage longue durée, avec une première enveloppe étanche permettant de faire le vide, complétée par une bâche bleue de protection contre la poussière qui donne à chaque appareil son étrange allure… © Frédéric Lert/Aerobuzz. fr

Ce procédé a été qualifié par Airbus Helicopters, et Airtelis envisage d’utiliser son nouveau savoir-faire pour traiter d’autres flottes de H225 : avec la vente à l’Ukraine, ses hangars de stockage vont se libérer et d’autres flottes de H225 devront sans doute suivre le même parcours dans les mois à venir…

Airtelis en charge de la remise en vol des H225

Au cours des deux années écoulées, plusieurs clients potentiels, français et étrangers, sont venus inspecter les appareils. Si la valeur comptable d’un H225 était d’environ 15 millions de dollars selon le journal économique La Tribune, sa valeur réelle, dictée par le marché, était notablement plus faible. Il y avait donc une bonne opération à réaliser et ce furent les Ukrainiens qui franchirent le pas.

En juillet dernier, Airbus Helicopters annonça la vente des 21 appareils ainsi que de dix H145 et 24 H125 pour la somme totale de 550 millions d’Euros. Airbus Helicopters a très rapidement consulté différentes entreprises, dont Airtelis, pour la remise en vol des appareils. Le calendrier était très serré, avec la livraison prévue des quatre premiers appareils à l’Ukraine avant la fin de l’année 2018.

« Nous avions la capacité de traiter deux appareils en quatre mois et Airbus nous a confié ce travail, poursuit Rémi Magar. Les deux autres appareils du premier lot de quatre ont été expédiés à Albacete pour être remis en vol par Airbus Helicopters Espagne ».

4.000 heures de main d’oeuvre par hélicoptère

Airtelis a fait appel à des intérimaires pour compléter ses propres effectifs et traiter ce chantier évalué à 4.000 heures de travail par appareil. La société est d’ores et déjà sur les rangs pour traiter les prochains lots. Trois appareils devront être remis en vol en 2019, sept en 2020 et les sept derniers en 2021

Dans le hangar d’Avignon, les deux appareils sont déjà peints aux couleurs ukrainiennes : le premier destiné aux missions de recherche et sauvetage, est en rouge et blanc aux couleurs du ministère de l’intérieur. L’autre se présente dans le camouflage gris uniforme de la garde nationale qui utilisera les appareils en remplacement des Mi8 pour les missions de transport.

La remise en vol passe par un déshabillage complet des appareils et l’équivalent d’une visite de 1.200 heures. L’exigence des Ukrainiens est de disposer d’un potentiel minimum de 300 heures sur chaque pièce à la livraison, ce qui correspond peu ou prou à une année complète d’utilisation pour ce type d’appareil gouvernemental.

Les ateliers d’Airtelis sont certifiés Part 145 et entretiennent déjà les deux H225 et le H215 utilisés pour les travaux d’infrastructure et de maintenance des lignes électriques. © Frédéric Lert/Aerobuzz.fr

Révision moteur par Safran Helicopter Engines

Début novembre 2018, les appareils étaient encore en attente de leurs moteurs et, pour l’un, de son mat rotor et de sa BTP. Les premiers sont révisés chez Safran Helicopter Engines (ex Turbomeca). Ils reviennent avec un potentiel de 4.000 heures de vol et les quelques turbomoteurs Makila 2A qui restaient dans la flotte seront portés au standard 2A1. Les BTP sont quant à elles envoyées chez Airbus Helicopters qui les révise complètement et applique les mises à niveau nécessaires. Les BTP sont ensuite renvoyées à Airtelis pour être remontées. Les aménagements en cabine sont inchangés mais les kits de flottabilité sont démontés.

Les premiers points fixes ont été réalisés le 22 novembre 2018 par un équipage d’Airtelis. L’heure est à présent à la formation des équipages ukrainiens par des instructeurs d’Airbus Helicopters. L’hélicoptériste va pour cela louer un des deux H225 d’Airtelis. Il suffira de trois semaines pour former trois groupes de deux pilotes qui pourront ensuite repartir en vol vers Kiev, avec leurs appareils.

Frédéric Lert

 

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A propos de Frédéric Lert

chez Aerobuzz.fr
Journaliste et photographe, Frédéric Lert est spécialisé dans les questions aéronautiques et de défense. Il a signé une vingtaine de livres sous son nom ou en collaboration. Il a rejoint Aerobuzz en juin 2011. Au sein de la rédaction, Frédéric Lert est le spécialiste Défense et voilures tournantes.

2 commentaires

  • Stormy
    Stormy

    Des appareils soldés de façon imbattable car invendables + la garantie financière et le prêt de l’Union Européenne, de l’OTAN et surtout de la France : une très bonne affaire pour ce pays exsangue qu’est l’Ukraine.
    Pour info les forces armées ukrainiennes ne se battront pas plus contre les Russes qu’elles ne l’ont fait en Crimée, pour la bonne raison…. que ce sont des Russes eux aussi, on l’oublie trop souvent. Seuls les bataillons de volontaires de l’ouest ukrainien partent au front, mais c’est de l’infanterie légère, cela ne va pas très loin, même avec le renfort de baltes, de géorgiens et de contractors américains.
    Et tant qu’à faire, avec ce que nous coûte cette opération, il aurait mieux valu faire bénéficier la Marine ou l’Armée de terre de ces splendides machines !

  • Luc JEROME

    Quels sont les appareils concernés ?
    Merci

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