
Je n’en ai pas cru mes oreilles. J’étais bien sur France Inter. Un reportage en longueur sur « la France qui vieillit ». Plutôt bien réalisé. Pour illustrer son sujet, la journaliste avait choisi Aurillac. « Mais d’abord, il faut y aller à Aurillac, et c’est bien là que commence le problème. La ville est totalement enclavée. D’habitude, quand on se déplace en France pour un reportage, évidemment on prend le train », explique la productrice de l’émission, à l’antenne, en insistant sur « évidemment ». « Aurillac, c’est entre 7 et 8 heures de trajet depuis Paris. Pas mieux en voiture. Mais il reste une liaison aérienne quotidienne. Un avion à hélices d’une quarantaine de places. Le seul moyen pour les gens de la ville pour aller au travail et revenir sans perdre deux jours entiers ». France Inter qui admet que, dans le cas présent, l’avion était la seule solution. Pincez-moi, je rêve !
Dans l’ATR42 de Chalair, entre Orly et Aurillac, ce jour-là, comme les autres jours d’ailleurs, les passagers avaient tous une bonne raison de prendre l’avion. Pour la plupart d’entre eux, elle était professionnelle. Reconnaître cette réalité, venant de la part d’une radio qui depuis des années mène une croisade contre le transport aérien, est encourageant pour la sérénité du débat. Thomas Juin, le président de l’Union des aéroports français, appréciera, lui qui répète sur tous les tons, depuis des années, que les « territoires » ont besoin des avions (à hélices comme à réaction) pour se connecter à la capitale. Que la capitale en prenne conscience à l’occasion d’un reportage de la première radio de France, c’est un premier pas.
Mais il faudra plus d’une émission sur France Inter pour renverser la vapeur. Le travail de démolition mené depuis des années a fait beaucoup de dégâts. Sans parler des lignes supprimées parce qu’il existe une alternative TGV, le train est devenu la première option envisagée pour beaucoup d’entreprises et elle est privilégiée, même quand le temps de déplacement est supérieur. Le flygskam suédois a infusé dans le subconscient des Français.
5 commentaires
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Faire en train un des deux trajets (Paris – Saigon ou Hô Chi Minh-ville – Paris) doit être une fabuleuse expérience. Fabuleuse mais aujourd’hui très risquée, donc pas forcément ennuyeuse.
Sinon j’ai consulté Vomanga : elle admet très volontiers, comme son maître.
Oui, elle a l’air bien sympa! Bien cordialement
Bon, il admet, c’est déjà ça, et son chien peut-être mais il a quand même l’air malheureux de devoir l’admettre. Et en Bücker, tu y es allé, Gil ? Hé bien, t’arrives et tu as l’impression d’avoir aluni. Y’a rien ! Pas un être vivant sur ce qu’ils appellent un aérodrome… Ah ! pardon, ça ne se dit plus. Il faut dire « aéroport ». Ils devraient ajouter « du bout du monde »… évidemment ! Et pour abonder dans le sens de M. Féral, l’autre jour j’ai voulu aller à une ville qui s’appelait Saigon – non, il ne faut pas de tréma sur le « i » pour les puristes. Hé bien la solution train pour un retraité comme moi, c’était possible, mais vraiment j’ai eu peur de m’ennuyer. Alors j’ai opté pour l’A-350 d’Air France, et j’ai voyagé en business class. La classe ! Pour un retraité, j’avoue que c’est pas mal du tout. Et j’ai rêvé… d’Aurillac et son univers impitoyable, toujours la bulle en bleu sur les cartes météo. Quelle chance pour cette ville d’être ainsi mise en valeur sur notre radio de gauche !
Si ce reportage traitait de la France qui vieillit, pour mieux appréhender son sujet, la journaliste aurait dû prendre le train ! Car en vieillissant, une fois à la retraite, rien de plus délectable que la lenteur, que de se laisser porter par l’écoulement du temps qui subitement, de substance à affronter et maîtriser, devient un allié propice à la jubilation des surprises de l’instant présent.
Bon, j’admets : c’est quand-même bien d’avoir le choix.
Mille fois d’accord 👍🛩️✈️