Daniel Béchennec avait commencé en noircissant des cahiers de dessin. © Frédéric Lert/Aerobuzz.fr
Le peintre et illustrateur Daniel Béchennec est décédé à l’âge de 76 ans. Ses dessins et peintures, et en particulier ses couvertures du Fanatique de l’Aviation, ont déclenché quantité de vocations…
Daniel Béchennec était un ogre, un grognard et un grognon sympathique. Ses grosses mains étaient faites pour tenir un ballon de rugby ou scier du bois, mais il avait choisi de leur coller des pinceaux et le résultat avait été exceptionnel. Les couvertures du Fanatique de l’aviation qu’il avait pu signer au fil des décennies débordaient de force et de vie. Regards de pilotes au dents serrées, attitudes de mitrailleurs agrippés à leurs armes…
Si Daniel adorait les avions et la technique, l’humain était aussi toujours très présent dans ses compositions et c’est sans doute ce qui le distinguait des autres artistes aéronautiques. « J’aime bien mettre les têtes au premier plan, c’est ce qui me distingue, mais il faut parfois que je me batte pour faire accepter mes envies… » nous avait-il expliqué un jour.
Enfant, adolescent, jeune adulte, Daniel Béchennec avait commencé en noircissant des cahiers de dessin. La plupart de ces cahiers avaient été égarés au fil des ans, mais il lui en restait un sur lequel on découvrait pêle-mêle des Hurricane, Trident et autres P-38, des scènes de guerre, des trains et des embiellages mais aussi des chalutiers à marée basse et des paysages de sa Bretagne natale. Comme tout bon artiste, il avait connu les périodes de vaches maigres, collectionnant les petits boulots et les collaborations diverses. Bande-dessinées, illustrés, publicités… il avait fait feu de tout bois.
Son perfectionnisme et sons sens du détail, qui cadraient mal avec l’exigence de rentabilité du travailleur indépendant, lui avaient joué des tours. « Au début c’était la cata… » expliquait-il. « Je passais trop de temps sur le travail. Dans les années 1970, quand je faisais une série d’illustrations pour Larousse, je faisais un centimètre carré par jour… »
Les amateurs d’aéronautique le connaissaient donc bien par ses couvertures du Fana, soulignées d’un discret triskèle, mais aussi par les dessins de boites de maquettes ou encore par les illustrations commandées par les industriels du secteur comme Aerospatiale, Panhard ou encore MBDA. Cette dernière lui avait notamment confié une longue série de travaux pour illustrer l’emploi de ses missiles au combat. Chaque peinture était un récit à elle seule, un récit porté par la vigueur du trait et une reconstitution pointilleuse de l’environnement. « Un beau paysage, une chouette ambiance et je suis content » expliquait-il.

Ces dernières années, Daniel Béchennec s’était accroché à ses pinceaux et à son coup de main quand d’autres prenaient virage de l’ordinateur et de la palette graphique. « Mais si le gars est bon et qu’il a l’œil, s’il sait faire et s’il sait doser, j’avoue que le résultat peut être excellent. Au début, le rendu était plat, mécanique. Aujourd’hui, on voit de moins en moins la différence avec le travail fait à la main. Mais pour moi c’est trop tard, je ne passerai jamais là-dessus ».
Il y a longtemps, Daniel avait posé sa candidature pour rejoindre l’association des peintres de l’Air. Il n’avait pas été retenu et en avait gardé une certaine amertume. Peu importe. Son travail magnifique l’a définitivement hissé bien au-dessus de toutes les reconnaissances officielles.