
Sept heures de vol direct entre Bordeaux et Montréal dans une saucisse taillée pour les vols moyen-courrier, c’est l’aventure de l’homme moderne. Seulement voilà, l’âge venant, le plaisir de l’aventure à tendance à se transformer en corvée. Quoi qu’il en soit, si l’on reste dans le domaine aéronautique, le sujet des vols long-courriers dans des monocouloirs reste intéressant à aborder. Quoi de mieux que d’embarquer dans un A321LR d’Air Transat pour tester le concept ?
Le jour J, l’avion avait belle allure sur le parking de Bordeaux Mérignac, mais la salle d’embarquement paraissait bien pleine. Nous tous, usagers laborieux de la classe éco, avons tous connu cette curiosité teintée d’espoir et matinée d’angoisse à la vue des autres passagers pénétrant dans l’avion, le nez en l’air pour repérer leur numéro de siège. Avec qui allons-nous manger, dormir, regarder la télé pendant les heures à venir ? Pour qui la jolie blonde, pour qui le sumo ? Pitié Seigneur… C’est le jeu de la vie comme disaient Chevalier et Laspalès, un jeu qui prend un relief particulier dans un A321LR en partance pour une liaison transatlantique.
Déposée sur le pupitre de commande de la passerelle d’embarquement, une feuille attire le regard. Un coup d’oeil furtif apprend que nous serons 157 à bord : 8 pax dans la section « Club » (douze sièges disponibles, trois rangées de quatre) et 187 en éco (six sièges de front). L’avion offrant une capacité théorique de 199 passagers, Il y aura donc quelque places vides … Ce fameux espoir dont parlait Malraux.
Première bonne surprise, tous les sacs et autres valises trouvent de la place dans les coffres au-dessus des têtes. Face aux suppléments bagages demandés par les compagnies aériennes, la recherche de la compacité devient un sport de combat qui compte de plus en plus de pratiquants. Je l’avoue sans honte, j’en fait partie, j’ai passé ma ceinture noire à l’occasion de ce vol : une semaine au Canada avec appareils photos, ordinateur, câblages, disque dur externe et quelques rechanges, tout tient dans un petit sac à dos.
Donc on monte, on s’installe, on jauge la corpulence des autres invités et là, divine surprise, l’équipage se plie en quatre pour répartir au mieux places vacantes, passagers en couple et passagers isolés. Un tetris mené de main de maitre qui fait beaucoup d’heureux dans l’avion et permet d’oublier le repas weightwatcher et le syndrome du sous-marin volant.
Je vous la fais courte : l’homme est un animal doté d’une capacité d’adaptation hors-norme et ce qui pouvait paraitre exceptionnel à l’aller est déjà devenu la norme sur le vol retour. Avec ce petit truc en plus, cette cerise XXL sur le gâteau, ce plaisir orgasmique pour un provincial qui est de toucher terre à 7h25 le matin et d’être à la maison trente minutes plus tard. Adieu RER, métro, traversée de Paris et TGV, bye bye les pannes de signalisations, malaises voyageur, sangliers suicidaires, vols de câble et autres grèves. Et merci à l’A321LR, l’avion taxi qui dépose ses passagers devant chez eux…