Vitrine consacrée au Normandie-Niemen, unité dont le rôle politique peut difficilement être nié.
© F. Marsaly/Aerobuzz.fr
Ils s'appelaient Lafont, Maridor, Boudier, Guedj ou Schloesing. Ils rejoignirent de Gaulle entre juin 1940 et août 1943. Leur nombre exact n'est pas connu, il furent moins de 5000 au total, ils avaient 23 ans en moyenne et 177 d'entre eux furent faits Compagnons de la Libération, souvent à titre posthume. Ils sont les aviateurs des Forces Françaises Aériennes Libres et le musée de l'Ordre de la Libération raconte leur histoire dans une nouvelle exposition.
Si les pilotes, de chasse en premier lieu, furent les têtes d’affiches de cette aventure, Clostermann, Mouchotte ou Albert au premier plan, cette exposition organisée conjointement par le musée de l’Ordre de la Libération, le Service Historique de la Défense et le musée de l’Armée, n’oublie ni les Groupes Lourds, ni les hommes au sol, ni même les femmes qui les accompagnèrent des bureaux de l’état-major aux cockpits d’avions de liaison.

© F. Marsaly
L’exposition débute dès le couloir d’accès au musée puis se répartie dans trois salles communicantes, la première étant dédiée aux itinéraires, non dénués de risques, suivis par les volontaires pour rejoindre De Gaulle, la salle suivante évoque le front d’Afrique du Nord où les FAFL épaulèrent notamment les troupes de Leclerc, et la dernière les fronts européens et russes.

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Quelques 170 pièces sont présentées, parfois pour la première fois au public et certaines sont plus que très lourdement chargées d’histoires et d’émotion. On y trouve quelques pièces du Spitfire de Schloesing, tombé près de Rouen en août 1944, mais ce n’est rien à côté de la relique du Blenheim de l’équipage maudit Caron, Devin et Le Calvez, perdus dans le désert début 1941 et dont les restes ne furent retrouvés que 18 ans plus tard. Le petit carnet où Devin a raconté leur agonie, retrouvé sur son corps, est là aussi.

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Que dire de cet autre petit carnet où se trouve un poème titré « prière » écrit en 1938 et retrouvé par ses camarades dans les affaires de l’Aspirant Zirnhed, tué par un raid aérien alors qu’il rentrait d’un raid des SAS en Égypte en juillet 1942, personnels alors rattachés aux FAFL, texte appelé à devenir la « Prière du Para » et que tous connaissent désormais par cœur.

On y retrouve aussi quelques affaires d’un certain P.-H. Clostermann, la fiche personnelle du très jeune Jean Maridor, le plan d’évasion de Maurice Halna du Fretay, qui utilisa son petit avion de tourisme pour gagner l’Angleterre afin de mourir aux commandes de son Hurricane deux ans plus tard au-dessus de Dieppe.

Ces aviateurs, pas vraiment « bien planqués à Londres, » furent de tous les combats, de la Grande Bretagne à l’Afrique en passant par l’ouest de la Russie et connurent effectivement des pertes sévères. En août 1943, après le succès de l’opération Torch, les Français Libres et l’Armée d’Afrique fusionnèrent au sein de l’Armée française de la Libération, non sans tensions et frictions internes, mais l’histoire de ceux qui avaient dit « Non ! » bien avant s’est alors poursuivie.

Outre cette collection d’objets touchants, l’organisation par front de l’exposition montre également le rôle que De Gaulle confia à ses aviateurs pour porter les couleurs françaises à la victoire. Trop peu nombreux pour changer le sort de la guerre, les aviateurs des FAFL, comme tous les combattants de la France Libre, furent les outils qui permirent à la France de préserver sa place à la table des nations. Le pari fut réussi.

Et l’exposition ainsi construite aide à bien apprécier ces enjeux politiques au-delà des objectifs militaires. La diversité des personnels concernés, leurs parcours personnels, leurs sorts, tout concours à rendre cette exposition passionnante, voire chargée d’émotion pour ceux qui ont été biberonnés à la lecture des ouvrages de Clostermann, Mouchotte, De Geoffre ou d’Andrieux, tout en ayant le bon goût de ne pas nécessiter une immense plage horaire à y consacrer.

Musée de l’Ordre de la Libération, Hôtel des Invalides
Accès nord : Esplanade des Invalides, 129 rue de Grenelle, Paris 7e
ou sud : Place Vauban, Paris 7e
Exposition ouverte tous les jours, du 15 octobre au 14 février 2027, de 10h-18h. (sauf 25 décembre et 1er janvier)
Tarifs : 17€, tarif réduit 12€, gratuit pour les moins de 26 ans (accès exposition temporaire et collections permanentes. Le billet donne également accès aux collections du musée de l’Armée, au musée des Plans-Reliefs et au tombeau de l’Empereur.)