
Les alertes à la bombe visant des avions de ligne en vol, ne sont pas nouvelles. A en croire les experts, elles sont même quotidiennes, et les compagnies aériennes ont des procédures pour trier le vrai du faux, en toute discrétion. Mais alors, que s’est-il passé cette semaine dans le ciel européen ? Lundi, une alerte à la bombe a contraint un Airbus A321neo de Wizz Air, à se détourner vers Budapest, encadré par des Gripen hongrois. Le lendemain, ce sont les chasseurs Mig-29 bulgares qui ont pris en charge trois vols Ryanair. Sur cette journée de mardi 4 novembre, au total, 7 vols ont fait l’objet d’alerte à la bombe. Le jeudi, la menace a pris une autre ampleur avec pas moins de 27 vols impactés. Sur les 27, trois seulement ont été détournés de leur destination finale. Moins que l’avant-veille, et à chaque fois, pas la moindre trace d’une bombe…
Pas besoin de bombe pour provoquer une onde de choc. Cette semaine, nous avons eu une nouvelle illustration des multiples formes que peut prendre la guerre hydride. Avec une salve d’emails, il est finalement facile de mettre une belle pagaille. Les agresseurs jouent sur du velours, en toute impunité. Avant d’organiser la riposte, faut-il encore dénoncer l’ennemi. L’identifier est une chose, le qualifier comme tel, en est une autre. C’est le principe même de cette guerre d’un nouveau genre. Pour encaisser les coups sans qu’ils fassent mal, l’heure est à la résistance passive.
Faut-il faire entrer la réaction du commandent de bord du vol EI402 d’Aer Lingus dans cette catégorie ? Ciblé par une alerte à la bombe, il a refusé dans un premier temps de se poser sur une base aérienne militaire, préférant un aéroport civil, où il savait que ses passagers pourraient être, commercialement, pris en charge. Comme cela a été fait pour tous les autres vols détournés cette semaine à travers l’Europe.
Finalement, sous la pression d’un Mirage 2000 et d’un Rafale de l’armée de l’air et de l’espace, il s’est dérouté vers la BA105 d’Evreux qui n’est pas équipée pour accueillir un vol civil. Plusieurs heures plus tard, après inspection de son A320 et pendant que ses 151 passagers étaient acheminés par bus jusqu’à Roissy, le pilote irlandais, sous la menace de poursuites judiciaires, a dû s’expliquer devant le procureur de la République d’Evreux. Il lui était reproché un manque de coopération. Les auteurs de l’alerte à la bombe n’en espéraient pas autant !