Accueil » Le pire n’est jamais simple

Les professionnels de l’aéronautique ont beau s’en défendre, rien n’y fait. Le transport aérien demeure le responsable désigné de la catastrophe annoncée. Du coup, à trop vouloir convaincre de ses bonnes intentions, il en aurait presque oublié qu’il est, lui aussi, une future victime potentielle, de l’emballement climatique. Le Centre européen de recherche et de formation avancée en calcul scientifique (CERFACS) vient de le lui rappeler.

Les avions sont sensibles aux variations climatiques et aux phénomènes météorologiques. C’est une évidence, pour la plupart d’entre nous. Il n’est pas inutile, pour autant, de le redire. Même ici. Les pilotes n’aiment pas les fortes chaleurs qui sapent les performances de leurs machines et rallongent les distances de décollage.

Le CERFACS explique, que dans cette perspective inéluctable, « il sera nécessaire, toutes choses égales par ailleurs, de réduire de 5% le poids total de l’avion en 2050 durant les jours de fortes chaleurs ». 5% c’est un quart de la capacité en nombre de passagers. Une nouvelle donne qui remet en question l'équation économique du transport aérien. « La seconde option : annuler les vols. » Les chercheurs rappellent, qu’en 2017, l’aéroport de Phoenix en Arizona (USA) a dû faire face à cette problématique et a vu ses avions cloués au sol pendant une semaine car les températures avoisinaient les 47°C. « Ce type de phénomène pourrait être de plus en plus fréquent à l’horizon 2050. » La canicule qui s’est abattue cette semaine sur la Colombie Britannique en est-elle un avant-goût ?

Le projet de recherche ICCA (Impact du Changement Climatique sur l'Aviation) du CERFACS réalisé en partenariat avec l’ISAE-SUPAERO, Météo France, l’ONERA, l’ENAC et Airbus vise notamment à estimer le nombre de jours qui seront affectés par les fortes chaleurs et leur impact sur le fonctionnement des aéroports en fonction de leur localisation géographique. Pour un aéroport situé dans le Sud de l’Europe, les chercheurs estiment que, d’ici à 2050, la température dépassera probablement 35°C pendant 50 jours par an en moyenne, pendant lesquels les avions ne pourront pas décoller. « Ce chiffre pourrait même atteindre les 100 jours par an au-delà de 2050 si rien n’est fait. Il sera donc nécessaire, dans un futur proche, d’aménager différemment ces zones de trafic aérien en allongeant, par exemple, la distance de décollage ou en les déménageant. Par ailleurs, certaines infrastructures à proximité des côtes seront soumises à un risque de submersion, augmentant le risque d’interruption du trafic aérien. »

Ce n’est pas tout. « L’emballement de la machine climatique risque également d’entraîner une augmentation de la turbulence atmosphérique sur les altitudes de vol traditionnelles et un accroissement des risques de givrage et de foudroiement. » Des conséquences auxquelles les ingénieurs sauront faire face. Nous pouvons leur faire confiance. Elles restent dans le registre technique qu'ils maîtrisent. En revanche, tout n’est pas aussi simple…

Il y a tout juste dix ans, le département prospective de l’ONERA a proposé quatre scenarios pour l'évolution du transport aérien à l'échéance 2050 (étude ATS 2050). Le quatrième qui renvoie aux pires romans d’anticipation, n’en est pas moins plausible. Les chercheurs décrivent « un monde scindé en blocs distincts à l'issue de crises politiques et économiques majeures en partie causées par une inégalité face aux conséquences du réchauffement climatique global et à l’accès à l'énergie. Chacun est replié chez soi, pour adopter ses propres solutions en fonction des valeurs dont il se sent porteur. » Les échanges entre ces blocs sont quasiment inexistants. Les solutions de communication à distance ont pris le pas sur les déplacements. « On ne part en vacances à l’autre bout du monde que par réalité virtuelle interposée ».

La pandémie ressemblerait presque à une mise en bouche…

Gil Roy

 

 

4.07.2021

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A propos de Gil Roy

chez Aerobuzz.fr
Gil Roy a fondé Aerobuzz.fr en 2009. Journaliste professionnel depuis 1981, son expertise dans les domaines de l’aviation générale, du transport aérien et des problématiques du développement durable l’amène à intervenir fréquemment dans diverses publications spécialisées et grand-public (Air & Cosmos, l’Express, Aviasport… ). Il est le rédacteur en chef d’Aerobuzz et l’auteur de 7 livres. Gil Roy a reçu le Prix littéraire de l'Aéro-Club de France. Il est titulaire de la Médaille de l'Aéronautique.

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26 commentaires

  • Lafayette

    Et pendant ce temps, les milliardaires commencent à voyager dans l’espace. Ils se font même la course ! Ça pollue de tirer des fusées dans le ciel pour aller nulle part et revenir ?…

  • Serge Montagnac

    Petit correctif incident:
    Le « réchauffement climatique » hormis d’être une connerie qui n’a jamais été prouvée en dehors de l’évolution normale thermique due au Soleil, n’apparaît pas depuis +20 ans de mesures satellitaires … si, si ! …… est rebaptisé « dérèglement climatique »; les aficionados de cette religion, aussi appelés « victimes » 😉 devraient respecter les bons termes.
    Heureusement, le climat n’ayant jamais fait l’objet, ni de garanties, ni de « règles » … il ne peut être « déréglé » !!
    Donc les adeptes diront « changement climatique » et tout le monde sera content et profitera de ce bel été !
    il est toujours possible de consulter les docteurs réalistes ! « https://www.climato-realistes.fr/ »
    Bonne semaine à tous.
    Serge

    • bdd13

      Vous en êtes encore là ?

    • JmB

      Il restait encore un climato-sceptique dans le monde en plus de Donald Trump, on l’a trouvé ! (LOL)

      • Serge Montagnac

        … non … « climato-réalistes »
        (pré-requis : lire, écrire et compter)

      • Pilotaillon, recrue deuxième classe

        Nous sommes prêts à vous entendre Serge Montagnac, il nous manque encore quelques précisions pour entrer dans votre raisonnement, commençant par les éléments clés d’une analyse multifactorielle qui met en jeu des systèmes complexes.
        Quels sont vos moyens pour pour fonder votre avis : compétences, données de terrain, historique de mesures pour comparer les situations, …unités de calcul ?

      • Boulanger

        Non non il n’est pas seul. Par contre comme le disait Fabrice Luchini si dans un repas de famille vous contestez le « réchauffement » vous êtes immédiatement privé de dessert.
        Les exigences de Pilotaillon sont légitimes ( compétences, données de terrain, historique de mesures …) mais bizarrement rarement exigée des chantres du « réchauffement ». On constate, on attribut et on publie. Aucune référence historique (inondations, canicules, famines, ..) pourtant facile à trouver. Aucune rigueur dans les mesures (lieux, conditions, équipements, laboratoires, …
        J’ai eu à travailler avec certains éléments du CERFACS, beaucoup de gens biens et compétents, quelques hurluberlus, quelques têtes et chevilles un peu trop enflées.
        Un simple fait facile à vérifier. Combien de membres du GIEC ont une formation sérieuse de météorologiste pour ma part je n’en connais que deux dont un est aujourd’hui à la retraite (il y en a surement d’autres mais les centres de formation en météo reconnus internationalement sont très très peu nombreux). Les autres sont soit des statisticiens, compétents en stat (enfin j’espère) qui font tourner des machines à « chiffrer » sans aucune idée de la réalité physique de ces chiffres et donc de la limite des résultats trouvés ; soit des politiques ; soit des opportunistes.

    • LBE

      Réaliste ? La sémantique a ses limites…

  • Aff le loup

    Le propre du survivant est d’avoir su s’adapter ! Cela s’appelle le progrès…Nul doute que pour les temps qui s’annoncent l’aérien coopère avec le terrien et le maritime…

  • Daniel Fremont

    Le pire n’est jamais simple, le mieux non plus d’ailleurs!
    Quant aux prédictions elles sont extrêmement difficiles à formuler, surtout lorsqu’elles concernent l’avenir…..

  • lavidurev

    ( 26 Nov 2017 ) on connait la suite des evenements…
    http://www.franceculture.fr/environnement/le-levier-demographique-pour-repondre-a-lurgence-climatique
    Limiter les naissances est une des mesures préconisées dans le manifeste des quinze mille scientifiques pour appeler à sauver la planète. Une proposition contre le réchauffement climatique discutée et discutable.
    En 2050, nous devrions être 10 milliards d’êtres humains, contre 7,5 aujourd’hui. En 40 ans, la population mondiale a doublé(…) Ce qui fait craindre aux 15 000 scientifiques qui ont récemment signé un manifeste davantage de déforestation, d’élevage intensif, de surpêche, d’acidité des océans…

  • Pif

    « La pandémie ressemblerait presque à une mise en bouche… » : Ce n’est que le début de la faim (CQFD). Que les branleurs de manches en normal law prient à la chapelle machin truc de Lectoure et autres…
    Les autres se retroussent leurs manches pour se reconvertir comme loueur de chambres et sur le bon coin…?
    CQFD
    Ils se reconnaitront !

  • Arminius

    Le problème est qu’il n’y aura pas que le transport aérien à gérer… Nos maisons, entrepôts, infrastructures ne sont pas construits pour résister aux conditions météos rencontrées de plus en plus souvent. Ça concerne aussi les réseaux pluviaux, voir les lieux même ou sont implantés activités et habitats (l’actualité se suffit à elle même). Bien sûr, il y a des solutions (un problème sans solution n’est pas un problème) mais avons nous les moyens de faire face à tous les problèmes ? Il est probable que la nécessité de faire face entrainera l’apparition de nouvelles inégalités, et pas seulement au bout du monde et que ces déséquilibres sociaux entraineront des troubles. Que deviennent nos avions dans ce scénario ? Des gens ayant de plus plus en plus d’influence ont décidé d’en faire les boucs émissaires, comme si ce qui vole était responsable de la situation présente. Que celle-ci soit née il y a plus de deux siècles n’a aucune importance pour ces idéologues, pas plus le fait que les braves gens commencent juste à courir après leurs tuiles et montrent tout fiers les grêlons qui viennent de dévaster leur lieu de vie. Oui, l’aviation trouvera des solutions pour continuer à exister et à travailler, elle en a les moyens. Par contre quand il va falloir expliquer aux familles que TOUTES les tuiles de leur toit doivent être attachées sinon aucun assureur ne voudra l’assurer, la transition va être difficile.

  • ec

    Les gourous en tous genres prêts à nous vendre des sorties de secours pour quitter l’avion au plus vite ont de beaux jours devant eux grâce à de telles prévisions. Quel scientifique serait disposé à s’engager autrement  » qu’à la légère  » quand à ces prédictions qui n’engagent à bien y regarder, que ceux qui les tiennent. On peut jouer à se faire peur à envisager les pires scenarios pour les tourner en prophéties. Interpréter chaque écart pour leur donner du poids. Climat, pandémie et autres fléaux ont tout les atouts pour nous maintenir dans une crainte permanente du pire. Heureusement le pire n’est jamais certain. Sur ce, Je m’en vais remettre une petite laine car je n’aurais pas pensé qu’il puisse faire aussi frais un 4 juillet.

    • JmB

      C’est bien de se regarder le nombril, ça évite de regarder les problèmes en face…..

      En France ce 4 juillet les températures sont globalement dans les moyennes de saison (consultez un site de météo généraliste ou Météo France pour le vérifier) avec parfois, très localement, un tout petit déficit de 2 ou 3°C d’où l’éventuelle petite laine pour les très frileux à ces endroits.
      Par contre au bord du cercle polaire arctique sur des millions d’hectares, la température flirte avec les 50°C alors qu’elle devrait se situer autour de 17 à 20°C.
      Et donc en terme d’influence sur la moyenne des températures les 2 situations sont totalement incomparables.

      Après je note que les impacts évoqués par Gil Roy sont le fruit de travaux de gens de l’aviation, pas de prophètes déjantés ou de khmers verts prônant la suppression des avions (Sup Aéro, Airbus, Onéra, Enac, Météo France…..).
      La moindre des choses me semblerait de prendre en compte leurs réflexions, peut-être de leur demander de préciser, de quantifier les probabilités de survenance, de revérifier leurs calculs, mais sûrement pas de balayer le tout d’un revers de manche……. de petite laine enfilée au moment du passage d’un orage qui fait baisser les températures de 10°C d’un coup, faisant juger que tout ça c’est du vent !

    • Michel

      Le réchauffement climatique est GLOBAL et MOYEN: on peut toujours mettre une petite laine en juillet sur les côtes de la Manche quand on crève de chaud à Vancouver. C’est comme les éoliennes: « 2 jours sur 3 , y’a pas de vent, donc pas d’électricité ! ». A l’échelle d’un continent, il y a TOUJOURS du vent. Mais, quand on ne veut voir que le bout de son jardin… Où les légumes poussent de moins en moins bien parce qu’il fait trop chaud… ou trop froid !

  • Michel

    J’ai fait des missions d’assistance maintenance en ligne en Afrique pour des compagnies locales au début du siècle: l’infrastructure aéroportuaire m’est toujours apparue comme… spéciale ! Qu’est-ce que ce sera en 2050 ! Une arrivée s’apparentera souvent à un exercice d’encadrement… Sous un méga orage tropical !
    Quand à la situation politique: imaginons un sbire de Daech à la tour…

  • Joel

    Le réchauffement climatique : le motif suivant pour faire peur à tout le monde ?

    • bdd13

      Simple : le déni.
      Et là, pour le coup, vous vous ferez peur lorsque, à l’instar des vaccinations, on transformera les incitations en obligations, les votes se tourneront vers les Khmers, faute de n’avoir rien fait, ou de l’autre côté pour barrer la route à la déferlante humaine.

  • Jean-Pierre BOURGEOIS

    Le changement climatique qui hélas n’est plus guère discutable, va impacter l’ensemble des humains. Si chacun des pays se replie sur lui même alors on ne fera rien et les carottes risquent fort d’être cuites pour l’ensemble de l’humanité. L’aviation commerciale représente 3% du problème, ce qui est pour certain peu, mais en fait c’est une part très importante, un avion ne produit rien, il ne fait qu’agiter l’air sur son passage. Quand je vois mes petits enfants du coté helvète avoir déjà fait le tour du monde alors qu’ils savent si peu sur leur propre pays, je me pose des questions. Nous sommes tombés sur la tête. Il faut retrouver raison quitte à réduire sérieusement la voilure, évidemment pas seulement dans l’aviation, mais globalement dans toutes nos activités et voir autrement nos vies. Comment le faire ? je n’ai pas réponse à cela.

  • GRI

    On peut en conclure le retour en force de l’hydravion avec les embruns pour rafraîchir les ailes et une longueur de piste ajustable selon les effets des conditions MTO. Et peu importe si le niveau des eaux monte.

  • Pierrot

    Tout est une question d’adaptation. Au début de ma carrière de commandant de bord, je devais réaliser un vol Athènes Nantes en B737-200. Ce fut à l’époque de l’ancien terrain d’aviation qui n’existe plus que pour les hélicoptères. La totalité de mes collègues pilotes avait décidé de prendre les passagers sans leurs bagages pour pouvoir décoller par forte température supérieure à 30°C. Or connaissant les problèmes de réacheminement des bagages, avec perte potentielle, j’avais décidé de raisonner autrement, à savoir, prendre tous les passagers et leurs bagages, mais prendre beaucoup moins de carburant et prévoir une escale technique sur le trajet. Je me suis donc posé sur l’aéroport de Lyon, afin de reprendre du carburant et d’effectuer l’étape Lyon Nantes à vitesse max, à savoir M0, 80. Je suis certain que des pilotes vont me traiter de menteur, car le Mach rapide publié était 0,77. J’étais l’un des rares pilotes à savoir qu’en utilisant Mach 0,80 (pour rappel le MMO était Mach 0,84 sur B737-200), la consommation de carburant devait être majorée de 1 tonne par heure de vol. Au final, faire Athènes Lyon au Mach de long range, puis faire escale technique à Lyon, puis faire Lyon Nantes à vitesse max avec tous les passagers et leurs bagages à bord, ne m’a fait perdre que 30 minutes par rapport rapport à un vol direct Athènes Nantes sans escale, sans bagages, au Mach de long range. On peut donc, à mon avis, toujours trouver des solutions inhabituelles à des situations inhabituelles.

  • francis boudaud

    2050 soit dans 30 ans ! Il y aura sûrement longtemps que les moyens actuels de transport auront disparus de la planète .Pourquoi pas de super drones ou autres a l’hydrogéne ? Alors un peu de modestie dans ces prévisions …..technocratiques ! En attendant bons vols a tous !

  • Pilotaillon, vivant et réaliste

    Le pire c’est l’irrationalité des populations faces aux évènements inattendus…
    Comme dit Francis Cabrel, on est dans ce cas « prêt à suivre le premier Jésus Christ qui passe ».
    Les Hommes (tous yc les Femmes) sont des êtres d’émotions et non de raison.
    Une explication du bar de l’escadrille : nous nous sommes programmés pour avoir peur du feu après nous être brûlé, ou avoir entendu que ça brûle…
    Seulement la technique et nos capacité d’analyse ont évolué depuis. Mais pas nos modes de pensés profond. Et je place l’isolationnisme parmi ces réflexe reptiliens…
    Double peine pour l’Aviation : les utilisateurs de l’aviation souffrent donc de la peur de tomber et la peur de l’autre (inconnus, étrangers,…) tous deux des « réflexes reptiliens ».
    Et il faut remonter bien au-delà de notre mémoire collective (à la préhistoire) pour voir des reptiles voler !

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