
Au début des années 2000, on parlait de la bête de Kandahar : un drone furtif et mystérieux qui décollait de nuit, se posait de nuit et dormait le jour sur la grande base de l’OTAN, dans le sud de l’Afghanistan. La rumeur disait que ses missions l’entraînaient vers l’est, du côté de l’Iran et de son programme nucléaire. Le RQ170, puisqu’il s’agissait de lui, resta très secret jusqu’au jour où les Iraniens parvinrent à en capturer un, semble-t-il en piratant son système de guidage. Dans la foulée, ils en fabriquèrent des copies qui ne servirent à rien. C’était l’époque tellement lointaine où c’est bien l’Iran qui copiait les drones américains, et pas l’inverse.
Le 3 avril dernier, la récupération du fameux Dude 44 Bravo, le navigateur de combat du F-15E abattu en Iran, a-t-elle donné l’occasion aux Iraniens de mettre la main sur une nouvelle bête étrange ?
La question se pose depuis que le Pentagone a diffusé les images de la récupération dans le sud d’Ispahan de l’équipage de Dude 44. Le pilote, Dude 44 Alpha, a pu être enlevé en plein jour, très vite après son éjection. La vidéo en noir et blanc, prise depuis un drone américain, montre sa récupération par un HH-60W « classique ». Les choses sont moins claires pour Dude 44 Bravo sauvé deux jours plus tard.
On y entrevoit un hélicoptère qui se pose, deux commandos qui en sortent, courent vers le « survivor » et le ramène au pas de course vers leur taxi. Dans la vidéo diffusée, le dit taxi a été copieusement flouté par le censeur. Tout juste distingue-t-on un appareil compact doté d’un rotor hexapale. Ce qui correspond bien à la définition d’un MH-6 Little Bird dont la participation au sauvetage a été pleinement reconnue par les Américains. Mais alors pourquoi en flouter les images, que veut cacher le Pentagone, tout en faisant savoir qu’il a des choses à cacher ? Car finalement, n’aurait il pas été plus simple de ne rien montrer du tout pour garder secret le secret ?
Le plus probable est que le censeur a voulu effacer quelque équipement volumineux, installé pour participer à la discrétion infrarouge et/ou sonore de l’hélicoptère. Au début des années 1970, la CIA avait transformé deux OH-6, l’ancêtre du MH-6, pour leur permettre de conduire des opérations clandestines au Nord Vietnam en partant du Laos. Les rotors (anti-couple et principal) avaient été modifiés et la turbine avait hérité d’un silencieux gros comme une colonne de Buren. L’assemblage était monstrueux mais très efficace : les deux appareils avaient la réputation d’être totalement inaudibles à 150m de distance.
Si l’on fait le pari que c’est bien de cela qu’il s’agit, deux questions se posent : cet hélicoptère modifié fait-il parti de ceux qui ont été abandonnés façon puzzle sur le sol iranien ? Et si oui, les Iraniens pourront ils tirer quelque chose d’intéressant des épaves fumantes laissées sur leur sol ? Auquel cas la bête d’Ispahan pourrait un jour rejoindre la bête de Kandahar dans un zoo de Téhéran.