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No pressure !

Le 6 mai dernier, Mark Carney, premier ministre canadien, était présent dans le hall de livraison d’Airbus Canada à Mirabel (Montréal). Il est rare qu’un premier ministre se déplace pour l’annonce d’un contrat, mais la commande de 150 A220 par AirAsia a fait grand bruit chez les cousins d’Amérique. Le premier ministre est donc monté à la tribune pour un discours de quelques minutes. Le propos était policé, bien calibré, avec ce qu’il fallait d’éloges destinés aux deux ou trois cents personnes présentes dans la salle.

Et puis Tony Fernandes s’est emparé du micro pour quelques minutes. Tony Fernandes est un homme d’affaires malaisien et PDG d’AirAsia. L’homme reste peu connu en France. Il a pourtant commandé 800 Airbus, dont 250 sont déjà en service. Bonne fille, la France lui a offert en échange la Légion d’Honneur. 

Outre sa soif d’entreprendre, Tony Fernandes se distingue par sa capacité à animer des cérémonies officielles avec un esprit rieur et la faculté rafraichissante de dire les choses telles qu’elles sont.  En 2001 il était dans le « music business » sous la houlette de Richard Branson, côtoyant les plus grands artistes. « Et puis j’en ai eu assez des Américains qui me disaient ce que je devais faire » explique-t-il au micro, face à la brochette des politiques canadiens. « Ça parle sans doute à certains d’entre vous… Et donc j’ai démissionné, en me demandant ce que j’allais faire. J’ai rencontré Stellios (NDA : Stellios Haji-Ioannou, créateur d’Easyjet) et je me suis dit quelle belle idée ! C’est ce que je voulais faire… J’avais 36 ans et je me disais que si je me ratais, je pouvais toujours devenir politicien ». Au premier rang de l’assistance, où sont regroupées toutes les huiles, on rit de bon coeur. Parmi les cols blancs et les cols bleus d’Airbus assis derrière, on rit férocement.

Avec l’appui du gouvernement malaisien, Tony Fernandes rachète pour 25 cents symboliques AirAsia, ses deux avions, ses deux cents employés et ses dettes. Aujourd’hui AirAsia est la quatrième compagnie aérienne asiatique. Micro à la main, Tony Fernandes continue son récit en mode bulldozer, toujours aimable et souriant.

En 2017, il est à la recherche d’un moyen-courrier pour AirAsia. Le CSeries de Bombardier est dans la course, en compétition notamment avec la gamme A320 d’Airbus. Au cours des négociations, un vendeur d’Airbus lui montre une présentation expliquant en substance que le CSeries est le moins bon avion du marché. Six mois plus tard, le programme est racheté par Airbus et Tony Fernandes cherche toujours son avion idéal.

Le même vendeur d’Airbus, appelons-le Jérôme, revient à la charge avec un nouveau Powerpoint. Cette fois-ci, ô miracle, le CSeries devenu A220 est l’avion idéal. Tony Fernandes s’amuse et fait rire l’assistance en racontant l’anecdote. Et puis une fois, deux fois, trois fois, Tony Fernandes fait allusion à un possible A220-500, une version allongée à 185 sièges de l’avion, qui ferait un bon successeur à l’A320. « Si Airbus le fait, j’en achète 150 de plus » résume l’homme bulldozer. « Le deal d’aujourd’hui est à 19 milliards, on doublerait la mise à 38 milliards avec le -500… » Puis il termine dans un nouvel éclat de rire : « No pressure, no pressure… »

Frédéric Lert

Journaliste et photographe, Frédéric Lert est spécialisé dans les questions aéronautiques et de défense. Il a signé une trentaine de livres sous son nom ou en collaboration. Il a rejoint Aerobuzz en juin 2011. Au sein de la rédaction, Frédéric Lert est le spécialiste Défense et voilures tournantes.

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