
Avec le Black Hawk Next, Sikorsky vient d’annoncer une nouvelle génération de son célèbre hélicoptère de combat. Nouvelle motorisation, nouvelle avionique… Tout change et en même temps rien ne change : extérieurement, le Black Hawk reste identique au prototype qui décolla pour son premier vol le 17 octobre 1974. Sur les images du futur modèle fournies par l’hélicoptèriste, on peut simplement remarquer que le nez et les bras d’emport ont poussé. Normal. C’est à l’aune du relâchement des cartilages chez l’homme avec l’âge. Souvenez-vous des oreilles du général de Gaulle à la fin de sa vie.
1974, c’est aussi l’année du premier vol de l’AS350 Ecureuil à Marignane. Depuis plus d’un demi-siècle, les différentes versions se sont succédées et, là aussi, si tout a changé intérieurement, rien n’est venu bouleverser les lignes extérieures. Régulièrement, la question est posée à Airbus Helicopters : à quand le successeur de l’Ecureuil ? Et la réponse est toujours la même : « plus tard ».
Pourquoi remplacer un hélicoptère qui satisfait les utilisateurs, qui se vend bien (plus de 7500 depuis 1974, 176 en 2025 en comptant les H130), qui se fabrique, s’entretient et se pilote les yeux fermés (c’est une image), avec un retour d’expérience colossal dans tous les pays du monde. Et, surtout, avec une concurrence qui n’a pas encore fait mieux. Alors on passe de génération en génération, porté par des motorisations toujours plus efficaces. Côté industrialisation, on simplifie certains procédés de fabrication ou d’assemblage. On gratte quelques kilos ici ou là, on espace les périodes de maintenance. Du fine tuning pour faire durer sur le marché. Mais engager des milliards d’euros pour réinventer la roue ? Non merci !
Le monde de l’hélicoptère n’est pas le seul engagé dans cette course de lenteur, loin s’en faut. Boeing va fabriquer une vingtaine de F-15EX en 2025, 54 ans après le premier vol de l’avion sous la bannière de McDonnell Douglas. Lockheed Martin évoque un futur F-16G et à Marietta, le Hercules n’en finit pas de faire ses adieux. C’est le Sylvie Vartan du transport militaire.
Vous doutez encore ? Alors regardez du côté des avionneurs civils, le tableau est encore plus stupéfiant : Boeing en est à sa quatrième génération de Boeing 737 en 59 ans et la famille A320/321 d’Airbus est bien partie pour faire aussi bien. Un tube pour le fuselage, des réacteurs suspendus sous les ailes, on n’a pas fait pas mieux depuis le 707, quand Eisenhower était à la Maison Blanche… Face à l’idée de remplacer ces best sellers, les deux avionneurs sont comme des adolescents au bord de la mer : pourquoi entrer dans l’eau froide quand on est si bien sur le sable chaud ?
Le monde aéronautique serait donc celui du changement dans la continuité, celui de l’évolution plutôt que de la révolution ? Pas vraiment nous dit l’histoire des techniques, qui nous rappelle que les sauts quantiques ont été la plupart du temps initiés et portés par de brillantes innovations dues aux motoristes. Alors ne nous laissons pas aveugler par des têtes de gondoles âgées de cinquante ou soixante ans et soigneusement ripolinées. De nouvelles révolutions faites d’hybridation, d’Open Fan et autres moteurs à cycles adaptatifs se préparent très activement dans les arrières-boutiques.