
Après les compagnies aériennes du monde entier, en début de mois à Rio-de-Janeiro, c’était au tour cette semaine, des aéroports européens de se réunir en assemblée générale annuelle, à Prague. A trois semaines d’intervalle et à 10.000 km de distance, le constat et les revendications convergent. En résumé, pour les compagnies comme pour les aéroports, il est urgent que les gouvernements de la planète comprennent que le transport aérien ne peut plus être considéré comme une vache à lait.
L’avion ne va pas pouvoir continuer à subir l’empilement de règlementations ; qu’elles touchent la sûreté ou l’environnement, chaque couche supplémentaire l’affaiblit. Malgré un environnement économique et sociétal pas toujours favorable, pas plus les aéroports que les compagnies ne baissent le bras. « J’ai souvent affirmé ma grande confiance dans l’avenir de notre secteur et que les cinq à dix prochaines années pourraient être parmi les plus passionnantes pour les compagnies aériennes. L’avènement de l’IA et les opportunités qu’elle offre devraient nous donner l’assurance que de nouvelles solutions pour accroître l’efficacité, réduire les coûts et améliorer le service client s’offrent à nous. », a déclaré Willie Walsh, directeur général de l’IATA (Association du transport aérien mondial), dans son discours de clôture, à Rio.
Mais aussi radieux soit l’avenir du transport aérien, à court terme, la croissance ralentie et la rentabilité des compagnies aériennes est divisée par deux, ce qui ne facilitent pas les investissements. Et la situation est encore plus tendue du côté des aéroports. « Seuls six aéroports sur dix environ ont retrouvé leur niveau de fréquentation d’avant la pandémie (2019). », rappelle l’ACI Europe. Pour Olivier Jankovec, directeur général de l’association des aéroports européens, le modèle économique des aéroports a duré. Il faut donc envisager une nouvelle stratégie dont il a tracé les grandes lignes à Prague et qu’il a baptisée le « Grand Découplage ». Ce plan de bataille répond selon lui à « la nécessité de découpler la viabilité financière et la capacité d’investissement de la croissance du volume ».
Pendant des décennies, le modèle économique des aéroports s’est appuyé sur une logique simple, au doux parfum persistant des trente glorieuses : l’augmentation du trafic passagers générait des recettes, ces recettes finançaient les investissements, et ces investissements permettaient d’améliorer la connectivité et, par conséquent, la prospérité économique. Une nouvelle ère du transport aérien s’ouvre. Les aéroports sont confrontés à des coûts d’exploitation structurellement plus élevés et à des obligations réglementaires et de conformité croissantes, alors qu’ils prévoient un ralentissement de la croissance du trafic.
« Parallèlement, les aéroports européens s’engagent dans un cycle d’investissement multidimensionnel sans précédent visant à moderniser et sécuriser leurs infrastructures vieillissantes, à numériser leurs opérations, à décarboner leurs activités, à intégrer de nouvelles sources d’énergie, à s’adapter au changement climatique et à s’étendre là où cela est possible. », affirme l’ACI Europe qui fait remarquer qu’une grande partie de ces investissements n’est plus uniquement motivée par la croissance.
Les aéroports doivent se repenser. Certains les imaginent déjà en hubs des énergies décarbonées. D’autres sont en train de les transformer en plateformes logistiques géantes. Les aérogares des grands aéroports internationaux sont déjà de vastes centres commerciaux haut de gamme. Le « grand découplage » a pris son envol.