
Le 4 juillet 1986, les Etats-Unis célébraient le 210ème anniversaire de leur indépendance. Ce même jour, sur la rive opposée de l’Atlantique, la France pouvait aussi se réjouir d’une certaine forme d’indépendance avec le premier vol du Rafale A. C’était il y a quarante ans, c’était hier. Un vol parfait avec Guy Mitaux-Maurouard aux commandes. L’avion avait grimpé à 36000 pieds, il était passé supersonique, atteint Mach 1,13 plein gaz sec. L’allumage de la post-combustion l’avait ensuite poussé à Mach 1,3, la vitesse prévue sur l’ordre d’essai. Pas mal pour un premier vol.
Alors bien entendu, la réussite de ce premier vol était celle de Dassault Aviation, de ses partenaires et de la France tout entière. Mais faut-il rappeler que ce jour-là, le Rafale A était poussé par deux réacteurs General Electric F404 américains, les mêmes moteurs équipant alors les F/A-18 de McDonnell Douglas ? Une situation assumée par Dassault Aviation car il s’agissait d’un choix intérimaire et de bon sens, en attendant l’arrivée d’un réacteur 100% français, le M88 de la Snecma.
Le M88 tourna au banc pour la première fois le 27 février 1989. Un an plus tard, jour pour jour, il vola sur le Rafale A en remplacement de l’un des deux F404. Puis en remplaçant les deux.
Sans motorisation nationale il n’est pas de souveraineté et d’indépendance. Le Gripen suédois est aussi une belle réussite européenne sauf qu’il est propulsé par un General Electric F414 bien américain, ce qui change tout…
Le 1er juillet dernier, de passage devant la commission des Affaires étrangères et de la Défense du Sénat, Eric Trappier a bien insisté sur cet aspect des choses. Le futur Rafale au standard F5 se distinguera par un grand nombre de nouveaux équipements, à commencer par la version augmentée du réacteur M88 baptisée T-REX. Une évolution qui permettra à Safran de réacquérir des compétences sur les parties chaudes des moteurs, au coeur des enjeux techniques pour l’obtention de performances en hausse. Le T-REX sera un jalon essentiel pour ouvrir la voie vers un futur moteur français, on parle de 11 tonnes de poussée cette fois, adapté à un futur avion de combat.
D’ici là, le T-REX permettra d’engager le Rafale dans une deuxième vie, une deuxième vague de ventes à l’export pour en faire non pas l’avion qui était le plus « presque vendu », comme le titrait perfidement Libération en 2015, mais plutôt l’avion presque le plus vendu. Miracle de la langue française, quand il suffit d’intervertir deux mots pour changer du tout au tout le sens d’une phrase et faire d’un échec commercial une brillante réussite.
3 commentaires
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Merci, Frédéric, de nous rajeunir de 40 ans. J’en avais bien besoin, maintenant que j’en ai le double. Le sens des mots est important, mais sans les maux que nous ont, hélas, toujours prodigués nos « amis » Américains. Avez-vous remarqué que les ventes à l’export du Rafale se sont soudainement débloquées lorsque l’on a refusé de livrer les bateaux Mistral à la Russie ? Curieuse cette concomitance, mon cher Watson !
Cher Bernard, savais tu également que moins de dix jours plus tard, mon frigo tombait en panne ? A croire que les concomitances sont comme les gendarmes et qu’elles circulent par deux !
Les suédois auraient bien une solution pour rendre leur appareil ITAR-free.
Le M88 est plus compact, en diamètre et en longueur, que le F414, donc il devrait pouvoir s’adapter sans trop de problèmes. Et dans sa futur version T-Rex, l’écart de puissance est en partie rattrapé (environ 10% avec PC et quasi équivalente à sec).