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Airbus ne croit pas à un retournement de cycle

Bien que le nombre des commandes nettes enregistrées en 2016 soit de 29% inférieur à celui de 2015, et moitié moindre que celui de 2014, Airbus n’anticipe aucun ralentissement de son activité. Au contraire. Pour la quatorzième année consécutive, ses livraisons (688 avions en 2016) sont en hausse. L’avionneur poursuit sa montée en cadence à marche forcée malgré les difficultés de certains de ses fournisseurs à suivre le rythme imposé.

Fabrice Brégier (à gauche), président d'Airbus avions commerciaux, a présenté son bilan 2016, en compagnie de John Leahy, directeur commercial. © Airbus

Pour John Leahy, directeur commercial des ventes, ce qui compte, c’est que le nombre des livraisons croisse année après année, et que malgré la baisse des prises de commandes, le carnet de commandes grossisse, lui aussi année après année. En 2016, il a dépassé les mille milliards de dollars pour atteindre 1.018 Md$. Fin 2016, il s’établissait à 6.874 unités contre 6.787 en 2015.

Même s’il est convaincu qu’aucun retournement de cycle n’est pas à redouter, et qu’il cherche à nous en convaincre, le super vendeur d’Airbus, aidé de son équipe, a de toute évidence mouillé sa chemise pour atteindre 731 ventes nettes en 2016 (contre 1.030 en 2015). Dans le seul mois de décembre 2016, il a signé 349 commandes. Déduites de 28 annulations, cela fait tout de même 321 commandes nettes en un mois !

2016 a aussi été marqué par la livraison de 10.000è Airbus, un A350-900 à Singapore Airlines, le 14 octobre. © Airbus

Le tour de force de Leahy permet à Airbus de devancer Boeing au tableau des commandes, pour la neuvième fois au cours des dix dernières années. Boeing a enregistré 668 commandes nettes en 2016 (100 de moins qu’en 2015). Le constructeur américain devance encore l’européen sur le plan des livraisons : 748 contre 688. Cela ne devrait pas durer… Le nombre des livraisons d’Airbus est supérieur de plus de 8% au record précédent de 635 appareils atteint en 2015. Pour Fabrice Bregier, le patron d’Airbus, la barre des 700 livraisons sera allègrement franchie en 2017.

Airbus est en effet engagé dans une montée en cadence sans précédent. L’année dernière, il a livré 545 monocouloirs de la famille A320 (dont 68 A320neo), 66 A330, 49 A350 XWB et 28 A380. Et ce, malgré les difficultés de ses fournisseurs et des motoristes à suivre le rythme.

Les problèmes rencontrés par Pratt & Whitney sur le nouveau moteur PurePower PW1100G-JM ont sérieusement entravé les livraisons des A320neo au premier semestre 2016. © Airbus

Les motoristes sont particulièrement à la peine sur le programme A320neo. Pratt&Whitney a connu un démarrage laborieux qui a bloqué les livraisons pendant plusieurs mois. Il reste encore une vingtaine d’appareils sur le tarmac de Blagnac en attente de leurs moteurs. En 2016, Airbus a livré 39 A320neo à moteur PurePower PW1100G-JM (certifié en 2016) et 29 A320neo à moteur CFM International LEAP-1A (certification annoncée pour le premier trimestre 2017). En 2017, Brégier annonce le triplement des livraisons d’A320neo. Il va falloir suivre. Airbus a en commande 5.069 A320neo et Boeing 3.606 737Max.

Le succès de l’A330 dépasse les attentes d’Airbus. © Airbus

L’autre grand succès commercial du constructeur européen est évidemment l’A330, relancé par sa remotorisation et la modernisation de sa cabine qui s’apparente à celle de l’A350XWB. John Leahy qui aime bien établir des parallèles avec son concurrent direct, souligne que depuis le lancement du 787 en 2004, Airbus a vendu 1.242 A330 contre 1.200 787 pour Boeing. La différence de 20 à 25 M$ sur le prix de vente joue en faveur de l’A330. Leahy promet qu’Airbus va augmenter la distance de franchissement de son biréacteur pour la rapprocher de celle du Dreamliner.

Des fournisseurs du programme A350XWB n’ont pas réussi leur montée en cadence. © Airbus

En 2016, Airbus a livré 49 A350-900, soit un de moins que prévu. Les livraisons ont souffert de l’incapacité de Zodiac Aerospace à livrer dans les temps les équipements de cabine au niveau de qualité attendu. Même si tous les problèmes ne sont pas encore réglés, Brégier maintient l’objectif de production de 10 A350 par mois à fin 2018. Il y a plus de 800 appareils à livrer.Les livraisons de l’A350-1000 doivent débuter mi-2017. Le deuxième avion d’essais a effectué son premier vol, le 10 janvier 2017.

La cabine de l’A380 demeure un atout différenciant qui ne suffit pas toutefois à convaincre les compagnies d’opter pour le quadriréacteur. © Airbus

Dans ce bilan, l’A380 demeure la principale ombre. Airbus en a livré 28 et vendu que 2. La décision d’Emirates de repousser d’un an la livraison de ses prochains super jumbo a contraint le constructeur à accélérer sa baisse de cadence de production à 12 unités par an. John Leahy demeure convaincu que l’avenir appartient à l’A380. En attendant de pouvoir proposer la version « neo » remotorisée, Airbus envisage la possibilité d’ajouter 50 sièges sans rogner sur le confort des passagers. Brégier affirme que cela permettrait d’augmenter de 10% la rentabilité.

Dans la foulée de la conférence de presse annuelle qui s’est tenue le 11 janvier 2017 à Toulouse, Airbus a livré à Iran Air le premier A321.

Gil Roy

A propos de Gil Roy

Gil Roy a fondé Aerobuzz.fr en 2009. Journaliste professionnel depuis 1981, son expertise dans les domaines de l’aviation générale, du transport aérien et des problématiques du développement durable l’amène à intervenir fréquemment dans diverses publications spécialisées et grand-public (Air & Cosmos, l’Express, Aviasport… ). Il est le rédacteur en chef d’Aerobuzz et l’auteur de 7 livres. Gil Roy a reçu le Prix littéraire de l'Aéro-Club de France. Il est titulaire de la Médaille de l'Aéronautique.
Journaliste chez Aerobuzz.fr

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