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Le dernier vol de Gilles Rosenberger

Gilles Rosenberger : son dernier vol en avion léger au-dessus de la côte landaise. © SR

Gilles Rosenberger s’est éteint sereinement, entouré de ses proches, dans l’après-midi du 6 juillet 2026, du côté de Bordeaux. Ses amis aviateurs lui ont offert le meilleur des adieux dont il rêvait.

La maladie l’a rattrapé il y a un peu moins d’un an. Il a su rapidement que l’issue était inéluctable. Gilles Rosenberger avait encore tant de projets… Le dernier en date, celui qu’il a mené jusqu’à la fin, était de « libérer l’Aviation Générale de l’AvGas et lui ouvrir un avenir sans plomb, faiblement carboné et avec un carburant significativement moins cher. » Avec des amis aussi passionnés que lui, il a créé en 2024 Neofuel. Ensemble, au cours des derniers mois, quand ils ont su qu’ils devraient continuer sans Gilles, ils ont tracé une nouvelle feuille de route pour atteindre ce but.

Ingénieur de formation, Gilles aurait pu devenir guide de haute-montagne, si un jour de 1978, dans le massif de Mont-Blanc, il n’avait pas rencontré les pionniers du deltaplane. Il avait alors 20 ans. Il bifurque définitivement vers l’aviation, sans pour autant renoncer aux courses en montagne. Du delta, il passe à l’ulm puis à l’avion. Il entame une carrière classique d’ingénieur dans l’aéronautique. Il gravit les échelons jusqu’au jour, où il décide de reprendre sa liberté et de se lancer dans une quête d’une aviation qu’il rêve décarbonée.

Il ne sera pas tendre avec ceux qui utilisent la décarbonation pour reverdir leur blason. Ni avec ceux qui relaient leurs communiqués de presse. Et c’est comme cela que je suis entré en contact avec Gilles Rosenberger. D’abord pour me faire remonter les bretelles. Puis, pour collaborer et pour qu’il nous aide à prendre du recul et tenter de faire la part des infos concrètes. Ses éclairages pertinents ont toujours été précieux pour la rédaction. Il a écrit pour Aerobuzz. Nous avons également réalisé ensemble des émissions pour JumpSeat la chaine YouTube d’Aerobuzz.

Dans quelques jours, nous mettrons en ligne le dernier article de Gilles Rosenberger. Il l’a écrit de sa chambre d’hôpital, dans le service de soins palliatifs. Il y est question de « Jonathan Livingston le goéland », le livre de Richard Bach. Nous n’avons pas touché une virgule à l’article que vous pourrez lire. Gilles était alors d’une lucidité stupéfiante et d’une sérénité réconfortante.

De Jonathan le goéland, il écrit : « Exclu de sa colonie pour son anticonformisme, il poursuit sa quête solitaire avant de découvrir que la véritable progression ne réside pas seulement dans la technique, mais dans la compréhension profonde et l’amour du vol. » Je ne vous fais pas un dessin…

Cet amour du vol a animé Gilles jusqu’à son dernier souffle de vie. Trois jours avant son décès, ses amis aviateurs de l’équipe Neofuel l’ont emmené en vol. C’est sans doute la première fois que l’équipe médicale du service de soins palliatifs était confrontée à une telle demande. Les soignants ont été remarquables. Ses amis aviateurs aussi qui ont accompagné Gilles pour son dernier vol sur la côte Atlantique.

Jusqu’au bout, Gilles tu nous auras surpris et éclairés. Tu vas nous manquer.

Gil Roy

Gil Roy a fondé Aerobuzz.fr en 2009. Journaliste professionnel depuis 1981, son expertise dans les domaines de l’aviation générale, du transport aérien et des problématiques du développement durable est reconnue. Il est le rédacteur en chef d’Aerobuzz et l’auteur de 7 livres. Gil Roy a reçu le Prix littéraire de l'Aéro-Club de France. Il est titulaire de la Médaille de l'Aéronautique.

2 commentaires

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  • Triste nouvelle. J’ai eu l’occasion de rencontrer Gilles dans le cadre d’expertises de projets d’aviation décarbonée. Sa passion et la bienveillance avec laquelle il partageait ses connaissances m’ont marqué. Toutes mes pensées vont à ses proches.

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  • On imagine aisément la saveur toute particulière qu’a dû prendre ce vol dans l’esprit de celui qui se savait tout proche du dernier envol, celui vers l’inconnu.
    Il y a 4 ans, c’était un peu comme ça qu’était parti Jean-Louis Daroux, plus de 43 000 h de vol toutes machines confondues : hélicos (évasan en Algérie), Noratlas (charognard de la patrouille Guimauve), Transall (présentateur au Bourget 1981), instructeur hors pair (hélico + avion), etc.
    A ses derniers instants, Jean-Louis a pu entendre dans un casque audio que son fils avait posé sur ses oreilles l’enregistrement des sons d’un cockpit de Transall en opération.

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