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Le drone civil à l’ombre du drone militaire

L'édition 2026 du salon UAV Show (Bordeaux, 7-9 octobre 2026) bascule d'ores et déjà vers le militaire, le nombre des exposants qui présentent une offre duale est en croissance. © BEAM / Bordeaux Technowest

Même si elle est passée en arrière-plan, la filière du drone civil demeure dynamique. Elle bénéficie de l’expérience acquise sur le champ de bataille ukrainien depuis 2022. C’est ce que devrait démontrer en 2026, le salon UAV Show (Bordeaux, 7-9 octobre 2026), coorganisé par Bordeaux Technowest et BEAM, et dont la surface a doublé d’une édition sur l’autre.

La guerre d’Ukraine a révélé le potentiel des drones. Au bout de 4 ans de guerre, les applications militaires semblent infinies. Sur le plan médiatique, elles éclipsent complètement les applications civiles. En 2022, au moment du déclenchement de la guerre d’Ukraine, cela faisait 10 ans que la France s’était doté d’une réglementation pour encadrer l’utilisation des drones civils. On en était pourtant encore aux expérimentations encadrées. Pas vraiment encore au stade de l’exploitation, exception faite de certains domaines spécifiques.

Depuis quatre ans, la filière drone est en ébullition. En France particulièrement, la plupart des start up du début des années 2010, devenues des PME au début des années 2020, ont basculé dans le militaire à l’image du toulousain Delair qui a vu son chiffre d’affaires passer de 10 M$ en 2023 à 50 M€ en 2025. Il a enchaîné d’importants contrats portant sur des centaines de drones de renseignement (comme le DT26 ou le DT46) et les premières munitions téléopérées françaises (drones kamikazes Colibri / Oscar).

Comme Delair qui réalise désormais 20% du son activité dans le civil, beaucoup ont néanmoins conservé un pied dans le civil. « L’activité civile est là. Dans l’audiovisuel, la prise de vue, l’agriculture, la surveillance, la sureté, la sécurité. Le civil est passé en arrière-plan médiatique, mais l’activité n’a pas été réduite pour autant. Il y a toujours une demande. », affirme François Baffou, directeur de Bordeaux Technowest, et créateur du salon UAV Show, en 2010. Le civil bénéfice du retour d’expérience du champ de bataille ukrainien.

UAV Show, le rendez-vous de la filière drone, à l’origine française, et aujourd’hui européenne, ne s’est jamais contenté d’être une vitrine de l’offre. Dès sa création, il s’est imposé comme un acteur à part entière, présent aux côtés des porteurs de projets et des start up du secteur, tout au long de l’année. Bordeaux Technowest à travers UAV Show, a été partie prenante de la mise en place d’une réglementation destinée à favoriser l’émergence d’une offre sur un marché prometteur. Dans les faits, la réglementation française de 2012 a surtout encadré l’activité. Elle a néanmoins servi de base à la réglementation européenne, effective depuis 2025. « La réglementation européenne était une évolution utile et nécessaire. », reconnaît François Baffou. « Il faut noter que c’est la seule au monde qui régule sur près de 30 pays. Elle n’est certes pas idéale, car les applications dans chaque pays peuvent parfois varier, mais elle a au moins l’avantage d’exister même si des travaux sont déjà entamés pour la faire évoluer. ».

Tekever qui se présente comme « une entreprise technologique paneuropéenne de premier plan » développe une gamme de drones pour la Défense qui peuvent répondre également aux besoins civils, à condition que la réglementation accompagne l’innovation. © BEAM / Bordeaux Technowest

C’est dans ce contexte général que Pilgrim Technology qui a l’origine, en 2012, a développé un drone civil de transport de fret, propose aujourd’hui aux forces armées, le drone Dragon P30 d’une charge utile de 30 kg, capable de ravitailler les troupes en première ligne. L’évolution la plus spectaculaire reste toutefois celle de Tekever, qui en l’espace de quelques mois est passé d’une idée portée, depuis plusieurs années, par un ingénieur portugais à une entreprise industrielle transeuropéenne, implantée en Ukraine, au Portugal, au Royaume-Uni, ou encore en France. Celle qui se présente désormais comme « une entreprise technologique paneuropéenne de premier plan », emploie aujourd’hui près de 1.500 salariés hautement qualifiés. Elle sera présente en force à UAV Show 2026, aux côtés d’autres poids-lourds du drone militaire comme Thales, Safran, Dassault Systems, Roxel, KNDS. Le salon a doublé sa surface d’exposition, d’une édition sur l’autre ; l’offre militaire s’annonce dominante.

« Le civil est passé en arrière-plan médiatique, mais l’activité n’a pas été réduite pour autant. Il y a toujours une demande. », affirme François Baffou, directeur de Bordeaux Technowest, et créateur du salon UAV Show, en 2010. © Gil Roy / Aerobuzz.fr

L’année dernière, lors de l’édition 2025, les exposants civils représentaient encore 55% du total. En 2026, François Baffou annonce 60% d’entreprises tournées vers la défense, 15% dans le civil avec une vingtaine d’entreprises et 25% dans les deux. « Nous constatons une percée du dual. » affirme le directeur de Bordeaux Technowest qui, pour soutenir cette tendance de fond, entend continuer à offrir une place à l’offre civile au sein du salon, coorganisé avec Bordeaux Events and More. « Les puissants développements technologiques qui se font dans le militaire sont autant d’opportunités pour le civil. Dans l’immédiat, beaucoup de pays, à commencer par la France, ont besoin de s’équiper, notamment en ce qui concerne la lutte anti-drone, mais aussi d’envisager la production de drones en grandes séries. »

Il est évident qu’une fois de plus, la guerre se révèle être un catalyseur, un laboratoire d’innovation à ciel ouvert. Dopé à l’intelligence artificielle qui décuple sa fiabilité opérationnelle du drone militaire, le drone civil va lui aussi, à son tour, gagner en fiabilité, en sécurité et en sureté. La réglementation va devoir suivre.

Gil Roy

Gil Roy a fondé Aerobuzz.fr en 2009. Journaliste professionnel depuis 1981, son expertise dans les domaines de l’aviation générale, du transport aérien et des problématiques du développement durable est reconnue. Il est le rédacteur en chef d’Aerobuzz et l’auteur de 7 livres. Gil Roy a reçu le Prix littéraire de l'Aéro-Club de France. Il est titulaire de la Médaille de l'Aéronautique.

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