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La preuve par quatre de l’impuissance d’un ministre

C’est moins la hausse de 150% du prix du kérosène que la crainte d’une pénurie de carburant au cœur de la haute saison estivale qui a poussé les quatre ministres français des transports, de l’économie, du commerce et de l’énergie à réunir les professionnels du transport aérien, la semaine dernière. Des promesses ont été faites, notamment à propos de possibles reports de charges sociales et fiscales. Même si cet engagement est suivi d’effet, il ne va pas résoudre les problèmes des compagnies aériennes et des aéroports français. Sur l’essentiel, le gouvernement est resté sur ses positions. Face aux quatre ministres, la filière a demandé une nouvelle fois, une machine arrière sur la taxation des billets d’avion. La hausse de la TSBA, autrement dit de la Taxe sur les billets d’avion, en 2025, a été un coup dur pour le secteur sans même pouvoir éprouver en contrepartie, la satisfaction de participer à la réduction du déficit budgétaire. La TSBA est une taxe qui coûte cher aux acteurs du transport aérien, mais qui ne rapporte rien à l’Etat.

Les ministres en ont conscience. Ils le reconnaissent loin des micros. Mais ils sont pieds et poings liés, prisonniers des concessions accordées aux formations politiques auxquelles ils ont arraché, un soutien ou seulement un engagement de non-censure, lors des votes épiques des budgets antérieurs. Il en va de même avec l’interdiction d’opérer des lignes aériennes intérieures quand il existe une alternative ferroviaire de moins de deux heures et demie. Des voix payées au prix fort par le transport aérien.

L’aéronautique n’est pas le seul domaine à faire les frais de ces tambouilles électoralistes, mais c’est sans doute, avec l’étiquette de pollueur numéro un, l’un de ceux auxquels elles coûtent le plus cher. Depuis 2019, le trafic aérien intérieur de la France a reculé de 22,7%. Les caisses de l’Etat sont-elles plus remplies pour autant ? Les émissions de CO2 ont-elles diminué dans les mêmes proportions ? Bien sûr que non ! Personne ne dira le contraire. Il faut réécouter John F. Kennedy : « Une erreur ne devient une faute que si l’on refuse de la corriger. »

Parmi les erreurs qu’il conviendrait de rapidement corriger, il y a évidemment la toute nouvelle taxe sur les petits colis en provenance de Chine. Un must en la matière. Depuis son instauration, le 1er mars 2026, elle coûte environ 40 vols cargo par semaine aux aéroports français. Initialement destinés à la France, ces vols sont désormais opérés vers la Belgique ou les Pays-Bas. Les « petits colis » arrivent maintenant par la route, en contournant Paris-CDG et Vatry. Deux euros seulement pour détourner 40 cargos.

Gil Roy

Gil Roy a fondé Aerobuzz.fr en 2009. Journaliste professionnel depuis 1981, son expertise dans les domaines de l’aviation générale, du transport aérien et des problématiques du développement durable est reconnue. Il est le rédacteur en chef d’Aerobuzz et l’auteur de 7 livres. Gil Roy a reçu le Prix littéraire de l'Aéro-Club de France. Il est titulaire de la Médaille de l'Aéronautique.

Un commentaire

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  • par Guillaume FERAL

    Pour les petits colis, la France n’a rien fait d’autre qu’appliquer à l’avance une taxe européenne qui doit prochainement entrer en vigueur.
    L’objectif de cette taxe n’est pas de faire des misères au transport aérien (compagnies et aérodromes) mais de réduire le volume d’une industrie absurde consistant à débiter en quantités vertigineuses des produits inutiles – parfois dangereux – qui finissent en un temps record sous forme de déchets plastiques couvrant toute la planète.
    Ou, vu sous un autre angle, de faire les poches des Européens les plus précaires pour creuser notre déficit en faveur de la Chine qui peut ainsi nous dominer de plus en plus tout en exploitant des « travailleurs » (lire : « esclaves » pour bonne part) le tout avec un bilan carbone insensé.

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