Accueil » L’Île-de-France prend le taxi volant au vol

Lancement d’un appel à manifestation d'intérêt dans le but de structurer une filière Mobilité Aérienne Urbaine en région Île-de-France. L'aérodrome de Pontoise est désigné comme zone de test avec Volocopter, comme précurseur.

2.10.2020

© Gil Roy / Aerobuzz.fr

C’était la foule des grands jours, mercredi 30 septembre 2020, sur l’aérodrome de Pontoise – Cormeilles-en-Vexin. Beaucoup de caméras et de micros. A défaut de voir voler l’eVTOL Volocity de Volocopter, les invités auront pu le photographier. Ils auront dû aussi se contenter de discours et de promesses. La promesse entre autres de voir des taxis volants électriques sillonner le ciel de Paris pendant les Jeux Olympiques de 2024.

Les JO ne sont pas une finalité, mais à coup sûr une belle occasion de marquer des points. Valérie Pécresse, l’ambitieuse Présidente de la Région Île-de-France, ne dit pas autre chose :  « Cet évènement constitue une opportunité exceptionnelle pour mobiliser la filière aéronautique, faire rayonner l’Île-de-France en la positionnant comme une région de référence sur le marché mondial de la mobilité aérienne urbaine ».

« Nous souhaitons aujourd’hui explorer et rendre possible le développement de tous les futurs de l’aviation, décarbonée et innovante. » Edward Arkwright, Directeur général exécutif du Groupe ADP

Les eVTOL sont dans l’air du temps. Face au tourbillon médiatique généré par pas moins de 250 projets, les grandes métropoles commencent à se positionner. Paris a pris acte au printemps 2019, avec en première ligne Airbus, ADP et la RATP. Les eVTOL mis en avant étaient alors les deux programmes du moment d’Airbus, le Vahana et le CityAirbus.

La RATP et Airbus veulent faire voler les taxis

Le 30 septembre 2020, à Pontoise, Airbus était absent, mais la Région Ile-de-France qui a semble-t-il, décidé d’enclencher la marche avant rapide, avait invité Volocopter, le pionnier de la discipline. Celui aussi qui pourrait être le premier à décrocher une certification européenne pour transporter un passager à bord d’un eVTOL sous contrôle d’un pilote de sécurité.

Volocopter pourra s’appuyer sur ses expériences de vols à Dubaï, Singapour ou encore Helsinki, et est ainsi le premier acteur industriel à se positionner comme partenaire. © Gil Roy / Aerobuzz.fr

Le VeloCity présenté à Pontoise est la quatrième évolution de l’eVTOL de Volocopter. © Gil Roy / Aerobuzz.fr

Les taxis volants à décollage et atterrissage vertical enflamme l’imagination du public. Un vecteur de communication tout trouvé avant de venir un véhicule de transport. © Gil Roy / Aerobuzz.fr

« Face aux défis posés par cette nouvelle forme de mobilité en matière d’usage, d’acceptabilité, de réglementation, de technologies et d’industrialisation, la méthode choisie est une zone de test à l’aérodrome de Pontoise – Cormeilles-en-Vexin, bénéficiant ainsi d’un environnement aéronautique réel et sécurisé, en configuration périurbaine, à 35 Km au nord de Paris. », expliquent les partenaires de la filière « mobilité aérienne urbaine » en gestation. Ils annoncent également qu’au premier semestre 2021, les aménagements nécessaires seront effectués, du côté piste, puis du côté des espaces d’embarquement à l’intérieur des bâtiments (adaptations de zones de stationnement, accueil des systèmes de recharge électrique, marquage au sol).

« La structuration d’une filière de la mobilité aérienne urbaine, autour du véhicule à décollage vertical, est essentielle à l’attractivité de notre territoire. » Franck Margain, Président de l’agence Choose Paris Region.

« Ainsi, à partir de juin 2021, avec le soutien de l’Agence Européenne de la Sécurité Aérienne (AESA), et d’Eurocontrol, l’organisation européenne pour la sécurité de la navigation aérienne, les opérations de stationnement, de décollage et d’atterrissage pourront être testées en situation aéronautique réelle, ainsi que les opérations autour du véhicule, que ce soit la maintenance ou la recharge électrique. »

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Lancement d’un Appel à Manifestation d’Intérêt (AMI) international

Afin de « fédérer dans la durée en Île-de-France, un écosystème de grands groupes, PME, start-ups, laboratoires et universités », un appel à manifestation d’intérêt d’envergure mondiale est lancé, avec le soutien de l’agence Choose Paris Region, en charge de l’attractivité et de la promotion internationale de la région Île-de-France. Les candidatures sont ouvertes dès le 1er octobre et jusqu’au 13 novembre 2020, via le site www.reinventairmobility.fr, et les projets retenus seront annoncés le 18 décembre 2020.

L’appel à manifestation d’intérêt s’articule autour de cinq thématiques couvrant l’ensemble des composantes de la mobilité aérienne urbaine :

  • Le véhicule : pour les constructeurs et équipementiers (batteries, avionique…) ;
  • L’infrastructure : pour les énergéticiens ou concepteurs de vertiports ;
  • Les opérations : pour les fournisseurs de solutions intermodales, de maintenance, ou de plateformes digitales de mise en relation ;
  • L’intégration dans l’espace aérien : pour les fournisseurs d’Unmanned Traffic Management (UTM) ou de systèmes de communication/navigation ;
  • L’acceptabilité : pour les laboratoires de recherche et instituts d’étude, autour des enjeux sociétaux et environnementaux.

« Pour le groupe RATP, cette nouvelle mobilité est profondément complémentaire de nos modes de transports historiques. » Catherine Guillouard, Présidente-directrice générale du groupe RATP

« Volocopter pourra s’appuyer sur ses expériences de vols réussis à Dubaï, Singapour ou encore Helsinki, et est ainsi le premier acteur industriel à se positionner comme partenaire. », est-il précisé. « Nous allons ouvrir des lignes commerciales de taxis aériens dans les deux ou trois prochaines années et nous sommes heureux d’avoir une base potentielle ici en Europe. », déclare Florian Reuter, PDG. Les premières lignes ne seront pas ouvertes en région parisienne mais probablement en Asie (Singapour ou Tokyo) et dans le Golfe (Dubaï), où Volocopter est plus engagé.

Le VeloCity est la quatrième évolution de l’eVTOL de Volocopter. Il est propulsé par 18 rotors. Il est donné pour 35 km d’autonomie et une vitesse maxi de 110 k/h. © Gil Roy / Aerobuzz.fr

Dans l’organisation qui est en train de se mettre en place à Paris, l’acteur qui risque de jouer un rôle prépondérant dans la mise en œuvre du projet et sa réussite, est la RATP dans sa fonction d’ « intégrateur ». Elle est à la croisée de toutes les problématiques et elle gère l’intermodalité au quotidien. Depuis la mise en place de son partenariat avec ADP et Airbus en 2019, elle a entrepris de recenser le foncier lui appartenant d’où pourraient décoller et atterrir des eVTOL, qu’il s’agisse de terrains ou de toits d’immeubles. Elle a également étudié tous les couloirs réservés aux hélicoptères.

L’actuelle présidente de la RATP, Catherine Guillouard a été pendant dix ans, adjointe au directeur des opérations aériennes d’Air France. Elle parle en experte des spécificités de l’aérien. Avec elle, la RATP pourrait rapidement devenir le chef de file de la mobilité aérienne en région parisienne et une interlocutrice inattendue, mais précieuse pour l’EASA.

Gil Roy

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A propos de Gil Roy

chez Aerobuzz.fr
Gil Roy a fondé Aerobuzz.fr en 2009. Journaliste professionnel depuis 1981, son expertise dans les domaines de l’aviation générale, du transport aérien et des problématiques du développement durable l’amène à intervenir fréquemment dans diverses publications spécialisées et grand-public (Air & Cosmos, l’Express, Aviasport… ). Il est le rédacteur en chef d’Aerobuzz et l’auteur de 7 livres. Gil Roy a reçu le Prix littéraire de l'Aéro-Club de France. Il est titulaire de la Médaille de l'Aéronautique.

18 commentaires

  • PlasticPlane

    Bonjour,
    A la lumière, notamment, d’un article paru dans la presse économique ce week-end, curieux de voir quel concepteur, industriel, ou prestataire, acceptera d’être responsable de ces appareils gérés par de l’IA et des automatismes (cf la responsabilité constructeur qui plombe les avionneurs de tous poils), et à quels prix et conditions les assureurs accepteront de suivre… Quand on voit la difficulté du sujet déjà dans le domaine automobile, et les contraintes spécifiques aux choses de l’air existantes alors même qu’in fine le pilote est (presque) toujours LE responsable d’un pépin, ça promet d’être rock’n roll quand il n’y aura plus de pilote dans ces petits ces potentiels-cercueils volants…

  • Athos7

    « Valérie Pécresse », ça me dit quelque chose…
    Est-ce que je confonds ou est-ce la même qui, sous la pression d’un quarteron de riverains aigris, voulait purement et simplement fermer Toussus ?

    • Fbs

      C’est bien elle. C’est pas qu’elle en a particulièrement contre l’aviation mais juste qu’elle serait prête à vendre sa mère pour être élue. Alors vendre un terrain d’aviation aux promoteurs immobiliers….

  • BonVol87

    Bref, tant qu’aucun ne se sera « empalé » sur l’obélisque de la Concorde…

  • philippe boutry

    Des milliers de taxis volants sont disponibles dans le monde. Bell Airbus Leonardo les fabriquent sous le nom d’hélicoptères. Leur usage en centre ville est des plus rare et ne concerne que quelques mégapoles. Je veux bien croire que l’électrification du rotor va tout changer mais le développement de nombreuses infrastructures en ville me paraît encore plus difficile que la résolution des problèmes techniques liés à la fourniture instantannée de fortes puissances venant des batteries.

  • Joel

    Je ne vois pas ce qui justifierait que les eVTOL aient moins de contraintes réglementaires de trajectoires et de survol de Paris que les hélicoptères. Si oui, ceux-ci seraient à même de gueuler à juste titre.

    • 2B2

      L’EASA a travaillé sur une nouvelle réglementation pour ces nouveaux types d’appareils. Cette réglementation sera beaucoup plus contraignante que celle applicable aux architectures d’hélicoptères conventionnelles.
      https://www.easa.europa.eu/document-library/product-certification-consultations/special-condition-vtol

      Les architectures des eVTOL permettent de diminuer drastiquement le nombre de pièces ditent critiques, qui en cas de rupture peuvent engendrent un événement catastrophique (en gros un crash). Dans le cas d’un eVTOL il est par exemple envisageable de faire un sorte que la perte d’une pâle rotor ne soit pas catastrophique. Ce n’est pas le cas d’un hélicoptère conventionnel.

  • stanloc

    Je suis atterré d’assister à un tel étalage de solutions utopiques et farfelues et de voir des personnalités qui ne redoutent pas l’effet boomerang lorsque dans quelques années on va les montrer du doigt car elles se seront affichées dans un tel délire.
    Juste une chose : prenez conscience de l’encombrement en VOLUME de cet engin volant aux 18 rotors !!!!!! et imaginez une dizaine côte à côte.
    Bon ils en sont à la quatrième version. Attendons les suivantes.

  • Fbs

    Gueux, veuillez remiser votre automobile et circuler à vélo, vous faites du CO2 !
    Pendant ce temps là jet set politique dépense votre argent pour ses joujoux électriques qui vont leur permettre de jouir de vous regarder de plus haut, peu importe le bilan carbone que ce moyen de transport soi disant propre produira étant donné la débauche d’énergie nécessaire à faire voler un tel engin.
    Je ne peux qu’espérer qu’ils tombent ailleurs que sur les toits parisiens quand leurs batteries prendront feu. Avec un peu de chance, hidalgo sera à bord…

  • Pierre

    Il faut faire semblant d’y croire, ou on peut rigoler tout de suite?
    Il n’y a même pas besoin de jouer le rabat-joie « et l’énergie dans tout ça? ».
    Il aura fallu 2 ans pour corriger un « bug logiciel », sur la dernière évolution d’un monocouloir cloué au sol, et pourtant tout ce qu’il y a de plus classique.
    Et l’on voudrait nous faire croire que d’ici « quelques » années, on va régler le problème du vol électrique, certification comprise, du vol autonome, certification comprise, et tout ça dans des conditions urbaines? Sérieusement?
    Je passe sur l’encombrement… au doigt mouillé au moins 10 fois supérieur à la voiture.
    Bref, ca terminera avec un pilote à bord, en extra urbain, sur un site dédié (ça s’appelle un aérodrome non?). En bref, qu’est ce que ça amène vraiment par rapport aux hélicos, voire avions légers actuels? moins de bruit?

  • seulavec
    BOUR

    Bonjour
    Une mauvaise habitude est prise. Nos dirigeants de tous poils ont l’art de déplacer les maladies mais d’être incapable de les guérir. Cela va soulager la circulation terrestre en I.D.F pour certains privilégiés et frimeurs pour la reporter dans une circulation aérienne locale qui sera anarchique. Bravo pour la pagaille à venir + la casse !
    Et pourtant une solution propre efficace et simple existe. Le télétravail déplacé en province. Qualité de vie, économie locale renaissante de la France profonde qui se meurt et plus. Mais bon !
    Cordialement
    Michel BOUR

  • anemometrix

    C’est toujours le même refrain, dès que l’on ne suit pas la « vox veridi » on est taxé de climato-sceptique.
    Or, on peut être tout à fait témoin et conscient du réchauffement climatique sans adhérer aux paradigmes farfelus des « verts ».
    La France est un pays écologique que l’on peut prendre en référence pour peu que l’on ait vu Bombay, Delhi, Pékin, Mexico, etc, etc …
    Ceci étant, merci pour cet article sur l’intrusion des eVTOL dans notre ciel déjà surchargé.
    Je suis en attente des informations techniques concernant les cas de pannes.

    • Mikeul

      une opportunité exceptionnelle pour mobiliser la filière aéronautique ….OUI la filière aérona…
      utique ….
      ALLEMANDE car VOLOCOTER et le produit d AIRBUS équivalent sont tous deux conçus et produits in DEUTSCHLAND… Nous un brave petit gas du 93 branchera la prise électrique pour recharger la batterie…et les politiques feront leur comm dessus en attendant le premier pépin qui se terminera sur un toit et nos députés en urgence voteront une loi pour réglementer le survol devant l ’emoi général relayé par les chaînes d info et le SNPL qui demandera un moratoire car avec un pilote cela ne serait pas arrivé .Mme Guillouard  » grande spécialiste du transport aérien » et aussi ex championne de ski mènera les négociations avec le dit syndicat compte tenu de ses excellentes relations avec celui ci: la boucle est bouclée .

  • woodplane

    Mêmes les « aéromodèles » radiocommandés, sont maintenant inscrits sur le Registre des Immatriculation des aéronefs civils de la DGAC, tout comme n’importe quel aéronef, avec la série d’immatriculations chronologiques F-Dxxx (D pour Drône?).

  • bourgeois

    On vient tout doucement vers le tout automatique, …. le brigand O’Leary peut se réjouir, lui qui rêve de virer ces emmerdeurs de pilote des poste de pilotage…

  • PlasticPlane

    Ce sont ces trucs bourdonnants et autres drones industriels et commerciaux qui auront raison de notre petite aviation sous toutes ses formes, pas notre amie Greta et ses troupes verdâtres.

    • bourgeois

      Certes, les « écolos de salon », comme je les appelle, font n’importe quoi et surtout le plus grave agissent contre leur camp. Mais si on réfléchit sur le long terme, la petite Greta a parfaitement raison qu’on le veuille ou non, elle dit ce que disent les meilleurs spécialistes du climat, et contrairement à ce que dit un certain philosophe de pacotille, ce n’est pas une idéologie ce sont des faits incontournables. Les solutions ne sont pas que dans l’action d’un seul petit pays comme la France, mais sur l’ensemble des pays de cette planète… Que les climato septiques se rassurent: perrsonne ne s’entendra jamais, et vu les clowns qui dirigent le monde, on en a vu belle démo dans la « discussion » entre un président américain sortant et son challenger, on n’est pas sorti de l’auberge, rien ne sera fait.. et nos descendants seront ceux qui paieront la facture…

      • PlasticPlane

        Bonjour Bourgeois,
        Vous avez raison. Pas d’attaque « ad hominem » envers la petite Greta. Elle n’est vraisemblablement que la pauvre marionnette manipulée par une frange de la mouvance verte qui joue sur le côté sacré de l’enfance pour imposer ses vues (vues qui au demeurant ne sont pas contestables en bloc). Ces mêmes vues servent de prétextes à certains pour harceler une micro-partie visible du problème, bien plus facile à faire plier que le gros essentiel du monde social, cultu(r)el et industriel. Ca permet au moins d’afficher des succès qui, s’ils sont accessoires sur le fond, sont précieux en termes de communication et de satisfaction personnelle.

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