
A Toulouse, j’ai rencontré un homme heureux : Julien Puyou, le patron des programmes gros porteurs d’Airbus. Il exprime sans fausse modestie son plaisir de diriger « le plus fantastique programme aéronautique du moment ». Il parle bien sûr de l’A350. Un programme qui a offert à Airbus, deux premiers vols en 2026.
Le 2 juin pour commencer avec la version ultra-longue autonomie, l’A350-1000URL. Un avion développé pour les besoins spécifiques de Qantas, la compagnie du bout du monde. Moins de quatre mois plus tard, le 29 septembre 2026 pour être précis, c’était au tour de la version cargo, l’A350F, de s’envoler pour la première fois. Entre temps, l’A350-1000ULR établissait un nouveau record du monde d’endurance, avec un vol de 24 heures et 24 minutes, entre Melbourne et Toulouse. Un saut de géant de 12.460 NM, soit 23.000 km, qui offre aux compagnies qui l’exploiteront la possibilité de relier entre elles toutes les villes du monde sans exception, ni escale.
Jamais encore, un avion de ligne n’avait avalé une telle distance d’une seule traite. L’occasion pour Airbus de s’offrir une ligne dans le Guinness Book of records et de décrocher un diplôme de la Fédération Aéronautique Internationale. Les raisons d’être heureux ne manquent pas pour Julien Puyou. C’est une chance, parce qu’il n’aura jamais trop d’endorphine pour relever le défi industriel.
Côté développement, Airbus maîtrise son sujet. L’A350F enchaine les vols quasi quotidiennement. Dès le quatrième vol, des palettes ont été chargées. Un second avion va prochainement rejoindre les essais en vols. Les premières livraisons sont prévues fin 2027. Quelques mois plus tôt, Airbus aura livré à Qantas le premier de ses douze A350-ULR. Entre temps, les deux modèles devront avoir obtenu leur certification. Une version de l’A350-1000 à 324 tonnes de masse maximale au décollage est dans les tuyaux. Objectif 2028. Pas de temps de s’ennuyer du côté des gros porteurs. Et on ne parle ici que de l’A350. L’A330neo, l’autre gros porteur d’Airbus, n’est pas en reste.
Et pendant ce temps, les carnets de commandes des quatre versions de l’A350 continuent de se remplir. Déjà 1.624 avions vendus. Plus de la moitié, dont 115 cargos, restent à livrer. Les clients s’impatientent.
A ce stade, Airbus ne réussit à livrer que quatre A350 par mois. C’est encore trop peu. D’ici à 2028, l’avionneur européen veut multiplier par trois la cadence de production pour atteindre 12 avions par mois, tous modèles confondus. Il n’est pas impossible qu’une seconde ligne d’assemblage final soit mise en œuvre à Toulouse. Du boulot en perspective pour le patron des programmes gros porteurs. Il aura besoin en quantité, de l’hormone du bonheur. Décrocher deux nouvelles certifications en 2027 pour « son » A350, devrait entretenir le flux.